En Cisjordanie occupée, la crainte d’une « nouvelle Nakba »

Depuis le début de la guerre, les raids de l’armée israélienne s’intensifient dans le nord du territoire occupé. Dans les camps de réfugiés palestiniens de Jénine et Tulkarem, près de 50 000 personnes ont été poussées hors de leurs maisons, sans possibilité de retour. À Naplouse, les habitants craignent de subir le même sort.

Louis Witter  • 23 avril 2025 abonné·es
En Cisjordanie occupée, la crainte d’une « nouvelle Nakba »
Dans le camp de Balata à Naplouse, le 13 avril 2025.
© Nicolas Cortes

Sur un pan de mur, près de l’artère principale du camp de Balata à Naplouse, des photos de visages juvéniles sont collées, les unes à côté des autres. Ce sont les portraits des « martyrs », membres des groupes armés tombés ces dernières années dans leur lutte contre l’armée israélienne. Ils sont jeunes, posent tout sourire, armes en main. Au fond d’une ruelle étroite, Hani Shtwani, un habitant du camp, pousse la porte de son appartement. Dans un salon sans fenêtres, il s’assied, remonte ses manches et s’allume une cigarette.

« Ce n’est pas la première fois que les soldats investissent nos maisons, lâche l’homme de 50 ans, mais c’est bien la première fois que je les vois tout détruire à l’intérieur. » Hani n’en est pas à sa première visite de l’armée israélienne. Ces derniers mois, les soldats bouclent régulièrement le camp, officiellement à la recherche de combattants palestiniens et de leurs soutiens. Dans les faits, les arrestations ciblent aussi les habitants et ceux qui osent critiquer les actions d’Israël en Cisjordanie occupée, notamment sur les réseaux sociaux.

Sur les coups de 5 heures du matin, le mercredi 9 avril, des coups retentissent contre sa porte. L’armée, présente depuis la veille aux entrées du camp, entame ses recherches, foyer par foyer. « Ils nous ont tous regroupés dans le salon puis, après avoir contrôlé nos papiers, ils m’ont isolé, bandé les yeux et attaché les mains », détaille-t-il lentement. Seul, il fait face aux questions des soldats, alors que sa famille est enfermée dans une pièce attenante. « Ils me hurlaient 'où sont les armes ? Où sont les armes ?', alors qu’il n’y a rien de tel ici. »

J’entendais des cris dans les autres pièces, des gens être frappés.

Hani

Pendant de longues minutes, il les entend retourner les meubles, les matelas, les oreillers, les dalles du carrelage de sa cuisine. Sans rien trouver. Puis, les militaires l’emmènent dans une maison attenante, où ils retiennent plusieurs habitants du quartier pour des interrogatoires, « alors qu’ils me pressaient de répondre en appuyant contre moi les crosses de leurs fusils, j’entendais des cris dans les autres pièces, des gens être frappés. Heureusement, ils ne sont pas allés jusque-là avec moi ».

Assise aux côtés d’Hani, sa mère, Amal, étend lentement ses jambes sur l’accoudoir. Sous ce même toit, trois générations ont grandi et vécu ici. Elle, depuis les années 1950. Originaire d’un village des alentours de Yafa, à l’ouest, la Palestinienne de 90 ans a

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