Alimentation : Macron promet de légiférer par ordonnances

En clôture des états généraux de l'alimentation, Emmanuel Macron change légèrement la donne dans les contrats entre agriculteurs et distributeurs. Sans rien bouleverser non plus.

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Améliorer la rémunération des agriculteurs, tel était l’objet principal des États généraux de l’alimentation, première partie. Encore fallait-il ne pas trop toucher au porte-monnaie du consommateur, tout en ménageant la grande distribution, à un moment où les derniers chiffres des revenus des paysans ont été publiés. Selon la Mutualité sociale agricole (MSA), les agriculteurs ont eu un revenu annuel moyen, en 2016, oscillant entre 13 000 et 15 000 euros (en légère augmentation par rapport à 2015, ce qui s’explique par une baisse de leurs cotisations décidée par le précédent gouvernement). Toujours selon la MSA, 30 % des exploitants ont un revenu inférieur à 350 euros par mois. Un tiers !

Entamée précipitamment à la fin de l’été, la première partie de ces États généraux [1] a été ponctuée de différents ateliers entre les acteurs du secteur. Mais des ateliers d’emblée orientés, présidés par des représentants de la grande distribution et de l’industrie, comme Yves Delaine, PDG du groupe Avril, leader des agrocarburants ; Karen Serres, présidente du réseau de développement rural Trame et membre du bureau de la FNSEA ; François Eyraud, directeur général de produits frais Danone ; ou encore Serge Papin, PDG de Système U… Pour beaucoup, la large représentation des intérêts économiques des plus puissants, d’un atelier à l’autre, s’est opérée au détriment des paroles citoyennes.

Les propositions et les pistes n’ont cependant pas manqué, à commencer par la redéfinition du prix abusivement bas et la revalorisation du seuil de vente à perte dans la grande distribution (c’est-à-dire le prix minimum en dessous duquel une enseigne ne peut pas vendre ses produits). Une revalorisation contre laquelle s’est élevé Michel-Édouard Leclerc (et avec lui les associations de consommateurs), au motif qu’elle entraînerait une augmentation des prix entre 5 et 15 %. Or, la survie des agriculteurs dépend beaucoup de cette revalorisation – même la FNSEA s’y est montrée favorable…

C’est dire si le discours d’Emmanuel Macron, à Rungis, était très attendu du côté des parents pauvres de la filière. Un discours au demeurant plutôt bien accueilli, même à la Confédération paysanne : en effet, le chef de l’État a dit vouloir légiférer par ordonnances au premier semestre 2018 et affirmé être « favorable au relèvement du seuil de revente à perte pour les produits alimentaires et à l’encadrement des promotions ».

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Le producteur pourra ainsi dans ses négociations tenir compte de ses coûts de production. Avec un bémol tout de même, puisqu’Emmanuel Macron demande « d’ici la fin de l’année de donner plus de visibilité, de conclure pour la fin de l’année des plans de filières ». Non sans hasard : les négociations annuelles entre les producteurs et les distributeurs commencent la semaine prochaine. Si le chef de l’État a encouragé les agriculteurs à se regrouper pour mieux faire face à la grande distribution, le reste de son discours a consisté à enfoncer des portes ouvertes, se prononçant pour « la valorisation du label rouge » ; « le bien-être animal » ; « la reconquête de la restauration collective » ; « la culture de nos différences pour susciter la préférence des consommateurs » ; défendant « des agriculteurs rémunérés au juste prix de leur travail », avant d’en appeler « à prendre ses responsabilités ».

Tout le monde a pu y trouver son compte, même si l’on attend une traduction dans les actes et dans la transparence. À cela près qu’il n’y a là rien de nouveau, ni perspectives d’alternatives au modèle actuel. L’agro-industrie n’est pas remise en cause, ni la grande distribution – pas même le bio industriel. Quant à la répartition des richesses…

[1] Le second volet qui s’ouvre maintenant est consacré aux enjeux environnementaux et sanitaires.


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