Co-écrire l’avenir : Avis de lancement d’Europe insoumise

Un nouveau site alternatif, créé par des sympathisants de la France insoumise, souhaite informer sur les réalités sociales et politiques en Europe suivant une méthode originale. Et ouvrir également un espace d'expression aux mouvements progressistes.

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L’automne 2017 est le printemps des médias : quand les trois quarts des Français ne croient plus les médias dominants, les initiatives fleurissent partout. Aux côtés des grands anciens que sont déjà Le Diplo, Politis et Mediapart sont apparus LeVentSeLève ou Lundi Matin et bientôt Ebdo et Le Média. Dans cette efflorescence bienvenue, nous sommes quelques-uns à avoir lancé europeinsoumise.org. Sans aucun financement, tous bénévoles, que pouvons-nous apporter ? Une réponse originale à trois questions clés : ouverture, exigence, indépendance.

On confond souvent indépendance et objectivité. L’objectivité n’existe pas ; tout être humain est engagé dans le monde et son propos l’est nécessairement aussi. Tout ce qu’on peut attendre de chacun, c’est un effort de retour critique sur sa propre pensée. Cet effort est attesté par la qualité du raisonnement et la précision des sources : on jugera sur pièce. Quant à nous, nous ne faisons pas mystère du point où nous parlons, que le nom de notre site exprime assez clairement. Tous sympathisants de la France insoumise, nous nous sommes rencontrés au cours de la campagne législative du printemps dernier. Nous avons eu plaisir à travailler ensemble et considéré que les Insoumis dispersés sur tout le continent étaient bien placés pour dire ce qui s’y passe.

Lancé par des Insoumis, ce site ne leur est pas réservé et toute contribution respectant notre charte y sera publiée. La meilleure façon de mettre notre ouverture à l’épreuve, c’est encore de nous soumettre un texte. L’indépendance n’est pas l’illusion de l’objectivité : elle consiste en ce que nul ne peut exercer de pression sur nous. Précisément parce que nous ne sommes financés par personne, et pas même par la France insoumise, nous sommes et resterons absolument libres.

Favoriser la co-écriture

Comme tous les nouveaux médias, nous sommes soucieux de donner la parole à tous, démarche indispensable en un temps où la parole est confisquée par de prétendus experts dont les biais sont d’autant plus prononcés qu’ils ne les assument pas. Mais le souci de l’ouverture rencontre une autre exigence : celle de la qualité des textes. Europe insoumise n’est pas un forum où l’on dirait n’importe quoi. Que chacun puisse s’exprimer ne signifie pas que la parole ne se travaille pas. Du reste, il y a une différence importante entre donner le droit de s’exprimer et en donner la capacité.

Bien des gens ne s’expriment pas, non qu’ils n’en aient pas le droit, mais parce qu’ils ne s’en sentent pas capables, faute de maîtriser certains outils, à commencer par la langue. Ce sont souvent les gens qui ont le plus à dire qui osent le moins parler, l’exigence intellectuelle allant souvent de pair avec l’humilité qui devient trop facilement timidité. Pour donner la parole à ceux-là, Europe insoumise favorise la co-écriture.

La co-écriture est au forum ce que la démocratie participative est au scrutin électoral ; elle permet de dépasser l’expression individuelle pour aller vers une pensée commune. Elle permet également un véritable partage des compétences. Le site Europe insoumise vient d’être mis en ligne mais l’équipe est active depuis le mois de juillet et nous avons constaté que la méthode fonctionne : les militants apportent leur savoir de terrain, les chercheurs leur savoir théorique et les poètes leur maîtrise du discours. Dans la réalité, les rôles ne sont d’ailleurs pas si bien définis : quiconque a milité sait que les militants en savent souvent plus que les chercheurs. C’est une leçon d’humilité pour ces derniers qui est en elle-même bienvenue.

Co-écrire, ce n’est pas annuler la différence mais l’enrichir. Parmi une vingtaine d’articles de facture classique déjà sur le site, certains explorent des enjeux dans la durée (par exemple le fiasco de l’aéroport de Berlin ou la crise du logement en Grande-Bretagne), d’autres analysent l’actualité (les élections allemandes ou la crise en Catalogne), d’autres enfin proposent d’originaux exercices d’attention flottante. Europe Insoumise accueille des témoignages et des analyses, des billets d’humeur et des travaux de recherche. Et la BD ? La poésie ?

La co-écriture, bien sûr, n’est possible que grâce à un espace de travail que nous avons trouvé grâce à l’application Discord, rendue célèbre par les cyber-militants de la France insoumise pendant l’élection présidentielle. Que ceux qui souhaitent nous rejoindre se rassurent : l’usage en est très simple, c’est un cyber-analphabète qui vous le dit.

Parler de l'Europe, ce n'est pas parler de l'Union européenne

Voilà pour la méthode, qui se résume en somme à l’acceptation par tous de s’exposer à la parole de l’autre, conçue comme enrichissante. Mais quel est notre objet ? Il n’est pas mieux défini. Dans notre article consacré au Sommet du Plan B de Lisbonne, nous soulignons qu‘il n’existe de l’Europe aucune définition précise. On connaît la formule selon laquelle elle s’étend « de l’Atlantique à l’Oural » qui serait la frontière naturelle avec l’Asie. Pourtant l’Oural n’a rien d’une frontière : de part et d’autre de cette chaîne de montagne de basse altitude vivent des peuples asiatiques et caucasiens. Politiquement, l’Oural ne borne rien non plus puisqu’il traverse la Russie. La frontière orientale de l’Europe n’est pas plus nette : la Grèce fut ottomane pendant six siècles. Au Sud, l’Europe est naturellement bornée par le détroit de Gibraltar, mais cette frontière naturelle n’a pas empêché les Arabes de s’installer en Espagne ni les États européens de coloniser l’Afrique.

Nous aurions pu ajouter que du fait des traités de libre-échange signés avec l’Afrique et de ses liens avec l’Otan qui ne cesse de s’étendre, l’Europe est aujourd’hui inextricablement liée aux quatre coins du monde. Parler de l’Europe, ce n’est donc pas parler de l’Union européenne. Au contraire : les Français auraient grand besoin d’en savoir davantage sur la Françafrique ou encore sur les pays qui sont concernés par la politique migratoire de l’Union. Notre article comparant les modalités de consultations de l’opinion en Chine et en Europe montre que cette dernière se comprend souvent mieux vue d’ailleurs.

Nous sommes européens, si l’on entend par là que nous appartenons à un ensemble politique doté, de fait, d’institutions qui exercent leur pouvoir à l’échelle d’un continent, mais nous ne sommes pas européistes : nous ne croyons pas en la mystique selon laquelle l’Europe aurait une essence définie et vouée à devenir réalité. Nous sommes internationalistes. C’est donc tous les sujets du monde sur lesquels nous, citoyens français d’Europe, avons prise pour le meilleur et souvent aujourd’hui pour le pire, qui ont vocation à être traités sur notre site. Insoumi.se.s et révolté.e.s du monde entier, si vous avez quelque chose à dire à l’Europe, faites-le nous savoir !


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