Fabien Truong : « On ne s’improvise pas jihadiste »

Le sociologue Fabien Truong enquête sur les jeunes hommes des quartiers populaires. Il remet notamment en cause la notion de « radicalisation ».

Ingrid Merckx  • 25 octobre 2017 abonné·es
Fabien Truong : « On ne s’improvise pas jihadiste »
© photo : WINFRIED ROTHERMEL/picture alliance/DPA/AFP

L’enquête Loyautés radicales [1] s’inscrit dans une continuité de recherches dans les quartiers populaires que Fabien Truong a orientées en 2015 sur la question du terrorisme et de l’islam. Plutôt que de parler de jihadisme et de radicalisation, il préfère s’intéresser aux conflits qui agitent six jeunes hommes issus de l’immigration ayant grandi à Grigny, dans l’Essonne, et pris dans des logiques concurrentes entre famille, quartier, religion, école, économies parallèles

Trois « petits » : Tarik, Radouane et Marley, qui ont autour de 25 ans, un ancien, Hassan, âgé de 44 ans, et deux « grands », Adama et Amédy. Concernant ce dernier, Fabien Truong se concentre sur celui qu’il était avant de devenir le tueur de l’Hyper Cacher de Vincennes. Amédy Coulibaly passe à travers cette enquête comme un fantôme, mais aussi comme un trou noir dans les pensées de chacun. Le sociologue revient beaucoup sur ce qu’il appelle la « seconde zone », soit « un espace de relations et de représentations qui sanctionnent le fait de vivre à l’écart dans et par l’illégalité ». De ses deux années passées à Grigny, avec cinq de ces garçons et leurs proches, il a tiré des entretiens, qu’il retranscrit parfois, et un ensemble de réflexions et d’analyses qui peuvent permettre d’agir sur de vrais leviers éducatifs et politiques.

Comment la volonté de comprendre la tentation du jihad dans les quartiers populaires a-t-elle évolué depuis 2015 ?

Fabien Truong : En 2015, j’ai beaucoup observé, et rien écrit. Cette enquête démarre par un point de vue très personnel : comment j’ai vécu le 13 novembre 2015. J’avais déjà beaucoup d’éléments sur l’islam et la délinquance dans les quartiers populaires. Ce n’est pas l’actualité qui m’a poussé à investiguer davantage mais plutôt ce que j’observais sur le terrain et qui ne trouvait pas sa place dans le débat entre radicalisation de l’islam et islamisation de la radicalité. En 2015, des attentats sont commis au nom de l’islam, on fait intervenir des islamologues. Pour Gilles Kepel, il y a bien un lien entre terrorisme et islam, du moins une interprétation violente de l’islam qui s’est globalisée, ce qui explique la violence et les jihadistes troisième

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Société Police / Justice
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