Mots d’écrivains en faveur des réfugiés

Durant ce mois d’octobre, des écrivains ont publiquement renversé la doxa médiatique et politique sur la question des migrants.

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Trop souvent, les écrivains oublient qu’ils sont aussi des citoyens. Trop souvent, ils se détournent des questions politiques. Dès lors, comment ne pas remarquer leurs prises de parole répétées sur les réfugiés ? C’est un élan non concerté, que d’aucuns tenteront de dévaloriser en le cantonnant à l’affect, alors que le plus souvent leurs propos s’appuient sur une réflexion philosophique et sont bien informés. Il y eut avant l’été l’ouvrage collectif, Ce qu’ils font est juste (Don Quichotte), Frères migrants (Seuil), de Patrick Chamoiseau, s’achevant sur une « déclaration des poètes » à portée universelle, et d’autres auteurs qui, comme Marie Cosnay, produisent régulièrement des textes en ce sens.

Durant ce mois d’octobre, des écrivains ont publiquement renversé la doxa médiatique et politique sur la question des migrants. D’abord sur France Inter, le 5 octobre, où Jean-Marie Le Clézio était invité dans la matinale et dans « Boomerang ». Alors qu’il disposait d’une carte blanche, le prix Nobel de littérature a lu un texte d’une grande puissance d’élévation, avec quelques phrases sans concession : « Les situations que fuient les déshérités, ce sont les nations riches qui les ont créées. »

Puis ce fut jeudi dernier dans « La Grande Librairie », l’émission de François Busnel sur France 5, quand vint le tour de Delphine Coulin et d’Olivier Norek. À l’occasion de la publication de leurs romans se déroulant à Calais – respectivement Une fille dans la jungle (Grasset) et Entre deux mondes (Michel Lafon) –, les deux auteurs se sont montrés tranchants. « Je déteste l’opposition entre réfugiés économiques et réfugiés politiques », a affirmé Delphine Coulin, qui a imaginé un personnage féminin ne relevant d’aucune de ces dénominations : son héroïne fuit son pays d’origine pour échapper à un mariage forcé. Olivier Norek, lui, a rappelé que face au millier d’enfants livrés à eux-mêmes dans le camp, « le gouvernement était hors la loi parce que l’État français a obligation de s’occuper de toute personne mineure présente sur son territoire ». « On a dépensé 1,8 million d’euros en lacrymos sur un an pour tirer sur les migrants », a notamment ajouté le romancier, lui-même policier actuellement en disponibilité. Un beau moment de télévision, comme on aimerait en voir plus souvent…


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