Yanis Varoufakis : « Ils voulaient nous faire mordre la poussière »

Ministre des Finances durant 162 jours, Yanis Varoufakis raconte les humiliations subies et l’absurdité du plan de « sauvetage » de son pays. Jusqu’au renoncement de Tsipras.

Olivier Doubre  • 18 octobre 2017 abonné·es
Yanis Varoufakis : « Ils voulaient nous faire mordre la poussière »
© photo : Jörg Carstensen/DPA/AFP

En jeans, Doc Martens noires aux pieds, tee-shirt noir sous une veste sombre, Yanis Varoufakis nous a reçus samedi matin. Avenant, souriant parfois, il est pourtant un homme obstiné, qui ne mâche pas ses mots, en particulier sur les reculs d’Alexis Tsipras et de son gouvernement, qu’il traite de « collaborationniste ». Il revient, à la suite de son livre, sur son passage au ministère grec des Finances, mais commente également l’actualité, notamment de l’Union européenne, qu’il espère un jour parvenir à réformer.

Au soir du 5 juillet 2015, le oxi, « non » en grec, l’emporte au référendum sur les mesures d’austérité imposées par les créanciers, et avec plus de 62 % des suffrages. De la place Syntagma au centre d’Athènes, montent alors une ferveur et des cris de joie. Au même moment, dans le palais du Premier ministre, vous trouvez Alexis Tsipras blême, livide. Pouvez-vous décrire cet instant ?

Yanis Varoufakis : Tsipras semblait détruit. Déprimé. Pour lui, ce référendum devait être une voie échappatoire, car il avait déjà décidé de capituler depuis un bon moment, contrairement à son engagement vis-à-vis du peuple grec. Depuis la fin avril, précisément. Notre premier clash eut lieu à cette époque car, derrière mon dos, il avait déjà commencé à accepter certaines mesures d’austérité de la troïka, non pas pour l’année à venir, mais pour au moins les dix prochaines années. J’avais, à ce moment-là, déjà affronté l’un de ces nombreux moments de dilemme moral quant au fait de démissionner. Et j’ai choisi de ne pas le faire car, même s’il avait déjà décidé de capituler, j’ai espéré – et cru – que le fait que les créanciers l’humilient aussi cruellement allait le faire se reprendre et qu’il allait venir me voir en disant : « Allez, faisons ce que nous avons décidé dès le départ ! » C’est pour cela que je n’avais pas démissionné fin avril. Même si je voyais d’ores et déjà que, plus il accepterait de leur concéder, plus ils allaient exiger. Ensuite, le 25 juin, la troïka m’a présenté son nouveau mémorandum, qui était un véritable ultimatum mais surtout d’un tel non-sens financier que, même si j’avais voulu signer, je n’aurais jamais pu.

Et c’est donc à ce moment que Tsipras décide du référendum…

Oui. Car il a compris qu’ils voulaient vraiment nous faire mordre la poussière, avec la fermeture des banques, etc. Or, Tsipras et moi-même étions convaincus que nous allions perdre ce référendum.

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde
Temps de lecture : 14 minutes

Pour aller plus loin…

Le cercle des poètes de Gaza
Reportage 21 juillet 2026 abonné·es

Le cercle des poètes de Gaza

Ils ont entre 18 et 25 ans. À l’appel de l’Institut français de Gaza et de l’ONG Academic Solidarity with Palestine, une soixantaine de jeunes Gazaouis ont envoyé des poèmes et des vidéos en français pour dire la guerre, les absents ou encore l’avenir qu’ils tentent d’imaginer.
Par Alice Froussard
Prisonniers syriens en Israël : « Nous voulons savoir où sont nos enfants »
Reportage 17 juillet 2026 abonné·es

Prisonniers syriens en Israël : « Nous voulons savoir où sont nos enfants »

Quarante-sept Syriens seraient aujourd’hui détenus dans des prisons israéliennes. Dans les villages du sud de la Syrie, les familles tentent de localiser un fils, un mari ou un père dont elles sont sans nouvelles depuis parfois plusieurs mois.
Par Pauline Vacher et Charles Cuau
« Les centres de détention libyens sont, par définition, des camps de concentration »
Entretien 10 juillet 2026 abonné·es

« Les centres de détention libyens sont, par définition, des camps de concentration »

David Yambio, fondateur de Refugees in Libya se dit « hanté » par le silence des Européens après que les députés européens ont adopté le règlement « Retour ». Il explique qu’en Libye, les politiques de l’Union européenne retiennent des milliers de personnes prisonnières et les condamnent à mort.
Par Pauline Migevant
Guyane : la guerre à l’orpaillage illégal est déclarée
Enquête 9 juillet 2026 abonné·es

Guyane : la guerre à l’orpaillage illégal est déclarée

À la frontière avec le Brésil, les habitants de Camopi vivent depuis des décennies sous l’emprise des chercheurs d’or clandestins. Alors que l’État revendique des opérations militaires régulières, les autorités coutumières dénoncent une protection insuffisante.
Par Tristan Dereuddre