« Casimir », d’Arnaud Berreby : Tragicomique atrabilaire

Avec Casimir, Arnaud Berreby propose un premier roman presque tendre et surtout désabusé.

Jean-Claude Renard  • 29 novembre 2017 abonné·es
« Casimir », d’Arnaud Berreby : Tragicomique atrabilaire
© photo : Jean Pierre Leteuil/Ina/AFP

Qu’on se souvienne : le héros de « L’île aux enfants », Casimir. C’est le costume choisi par un môme qui cherche un peu d’attention pour arriver au lycée un Mardi gras, en 1975, boudiné dans le textile. Un costume spectaculaire, à cela près que ce n’est pas le bon jour. Le ridicule ne tue pas, mais presque. Casimir, c’est aussi le prénom du narrateur (principal), baptisé ainsi par un père professeur de travaux manuels, cador du pli « vallée » et du pli « montagne » (technique de pliage de papier), passionné d’histoire, laudateur de Jean Casimir-Perier, éphémère président de la République entre 1894 et 1895 (quelle drôle d’idée !)…

C’était sans savoir, au moment du baptême, à l’orée des années 1960, que la fameuse émission, portée par un gugusse nourri de gloubi-boulga, allait prendre l’antenne en septembre 1974. De quoi pourrir une existence. Celle d’un narrateur devenu « un taxeur, un parasite », frayant dans le pognon, marié à une femme ayant trente ans de plus que lui, « ramassée » dans un club, emballée sur une chanson de Phil Collins. Ç’en fait le gigolo d’une acariâtre qui boulimise, mièvre et sincère, dont le seul engagement serait la sauvegarde de l’œuf mayo.

La rigolade, ou plutôt la fable, s’arrête là, dans ce premier roman d’Arnaud Berreby (qui, pour le coup, évite l’écueil de l’autofiction). Foin de pays paradisiaque dans ce Casimir, subtile déambulation tragicomique atrabilaire dans l’univers des petites gens et des bourgeois à travers un personnage cultivant ses aigreurs, son rataplan d’emmerdé, passant de la candeur au cynisme, en butte à « une chienne de vie qui donne à jouir pour mieux castagner ensuite ». Ironisant sur les hard-discounts, les enseignants qui n’enseignent pas, cinglant des préretraités de Vitrolles (« ce vivier pour la jeunesse et la tolérance ») racistes et antisémites, tout en dessinant une ode à la banlieue rouge, à « la solidarité ouvrière », à ces « hommes aux cheveux gominés plaqués en arrière, le mégot de Gitane maïs soudé au coin des lèvres sifflotant un air canaille de guinguette ».

Parce que ponctué de titres pop-rock, où se bousculent en fond sonore Queen, David Bowie et les Rolling Stones, roman polyphonique et musical, social encore, moins cynique que désabusé, Casimir se déploie dans une langue orale et poétique, puisant largement dans la culture populaire. De Joe Dassin à Mort Shuman, de Nicoletta aux feuilletons télé à l’eau de rose. Même Hervé Vilard, « déjà démodé », y passe, comme les rayons d’une supérette G20. Arnaud Berreby exagère. Mais on n’exagère jamais assez.

Casimir, Arnaud Berreby, éd. Cédalion, 136 p., 17 euros.

Littérature
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