Climat : deux Amériques face à face à la COP 23

Pour répondre à la réduction de la délégation officielle et à l'absence d'un pavillon de leur pays, 14 États américains se regroupent à Bonn pour contester le déni climatique de Donald Trump.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Depuis le début de la conférence sur le climat de Bonn, deux délégations américaines se font face sous les regards interloqués de la plupart des diplomates et experts présents. Il y a, d'un côté, dans un splendide isolement, les représentants officiels des États-Unis. Une petite quarantaine de diplomates et de fonctionnaires qui vont et viennent entre l’Allemagne et Washington à la recherche d’instructions « aussi rares que contradictoires », explique un vieux plénipotentiaire qui a déjà sept conférences au compteur et qui ajoute :

Ne donnez pas mon nom, ils ne savent pas ce qu’ils veulent au pays et nous restons encore une quinzaine d’anciens, convaincus que le réchauffement est une réalité à laquelle nos politiques devraient faire face. Mais ce n’est plus la mode et nous faisons ici une figuration même pas intelligente puisque les autres délégués ne prennent même plus la peine de nous écouter. Nous avons l’impression d’être les gardiens d’une flamme que personne chez nous ne veut ranimer.

Dans les conférences précédentes, la délégation américaine était la plus importante, approchant souvent les 200 accrédités. À la COP 23, les délégations le plus fournies sont désormais, avec plus de 150 personnes, celles de l’Allemagne, du Canada, de la France et de la Chine.

Coalition pour le climat

L’autre délégation des États-Unis est une coalition dirigée de fait par le gouverneur californien Jerry Brown. Avec l’ancien maire de New York, Michael Bloomberg, il anime un groupe de pression regroupant 14 grands États américains et une centaine de grandes villes des États-Unis et des industriels. Tous affirment qu’ils veulent respecter les engagements pris par Obama en 2015 : une réduction de 28 % des émissions de gaz à effet de serre pour 2025, par rapport au niveau de 2005. Comme, pour la première fois depuis la COP 1 de 1995, les États-Unis n’ont pas de pavillon sur le site de la conférence, ce sont les « contestataires » américains qui ont obtenu d’installer un « pavillon climatique américain alternatif » de 2 500 mètres carrés frappé du sigle #wearestillin (« Nous sommes toujours là »). Le plus important et le plus voyant du site de la conférence dans lequel des membres de la délégation officielle viennent discrètement rêver. Ils enfreignent ainsi les instructions du climatosceptique Scott Pruitt qui dirige l’Agence fédérale pour l’environnement.

Dans ce pavillon qui passionne de nombreux visiteurs et toutes les ONG, les organisateurs expliquent pourquoi et comment il faut lutter contre le réchauffement climatique. En inaugurant les lieux, le sénateur californien Ricardo Lara a harangué l’assistance en terminant un discours offensif sous une ovation : « Nous vous saluons de la part du mouvement de résistance à l’administration de Donald Trump. […] En dépit de tout ce qui se passe à Washington, nous sommes toujours là. » Même s’il ne faut pas négliger l’importance des préoccupations électorales un an avant les élections de mi-mandat pour de nombreux parlementaires, maires ou gouverneurs, cette « révolte » concrète est une première dans la vie politique américaine de l’après-guerre.

Règles de l'ONU contournées

Officiellement, ces « alternatifs » américains ne peuvent pas participer aux discussions et négociations qui se déroulent entre les délégations gouvernementales. Officieusement, il y a de plus en plus d’accommodements avec les règles de l’ONU, au fur et à mesure que s’approche la séquence ministérielle des 15 et 16 novembre qui sera notamment marquée par les interventions d’Emmanuel Macron et Angela Merkel. Une fin de conférence au cours de laquelle le chef de la délégation américaine, Tom Shannon, ne sera guère écouté.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents