Emploi des handicapés : bilan et perspectives mitigés

Le ministère du Travail salue la réussite de l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés. Un résultat qui cache un chômage important et des mesures inquiétantes.

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À quelques jours de la 21e Semaine pour l'emploi des personnes handicapées, qui s'ouvre lundi, la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) du ministère du Travail dresse, dans un rapport publié le 8 novembre, un constat encourageant. Elle note, pour s'en féliciter, une progression, entre 2014 et 2015, de 0,1 point du taux d’emploi des personnes handicapées ainsi qu'une augmentation des établissement assujettis à l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés (OETH).

Votée en 1987, l’OETH oblige les entreprises de plus de 20 salariés à embaucher au moins 6 % de personnes handicapées. En cas de non-respect de la mesure, l’entreprise doit verser une contrepartie financière. Cette loi a été modifiée par celle de 2005 sur l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, à la suite de quoi le taux d’emploi des personnes handicapées a augmenté.

Le nombre de travailleurs handicapés bénéficiaires de l’OETH n’a cessé de progresser: ils étaient 220 000 au milieu des années 90, 252 000 en 2005 et ils sont 431 000 en 2015, selon le dernier rapport du Dares. Une progression aussi dans les emplois directs : 79 % des établissements optent pour cette solution plutôt qu’une autre.

Presque 500 000 travailleurs handicapés au chômage

Alors que le Dares se félicite de la mesure d’obligation d’emploi, son rapport ne rend compte que d’une portion de des établissements français. Un résultat à mettre en perspective avec le taux de chômage des travailleurs handicapés de 19 % : en mars 2017 selon l’Agefiph, il y avait presque 500 000 demandeurs d'emploi en situation de handicap. Dans les entreprises répondant à l’OETH, l’objectif de 6 % voulu par la mesure n’est pas atteint, le taux de travailleurs handicapés n’étant que de 3,4 % en 2015.

L’Association des paralysés de France dénonce l’incohérence du gouvernement entre ses promesses et ses mesures. D’un côté, il annonce l’objectif de réduction du chômage des personnes handicapées. De l’autre, il taille à la hache dans les emplois aidés, dont 11,4 % étaient occupés en 2016 par des travailleurs handicapés, selon le bulletin officiel du ministère du Travail.

Les entreprises adaptées menacées

Parmi les dispositifs de promotion de l’emploi des personnes en situation de handicap, les entreprises adaptées ont un rôle important. Les 758 établissements labellisés ainsi embauchent 80 % de travailleurs handicapés en leur sein et leur proposent un accompagnement spécifique. Elles emploient 22 300 handicapés en 2015, selon un rapport de l’Inspection générale des finances de 2016.

En mars dernier, le gouvernement s’engageait en faveur du secteur adapté par la création de 7 500 emplois pour personnes handicapées entre 2017 et 2022. En octobre 2017, suite à la tenue du Comité interministériel du handicap (CIH), le gouvernement lançait une mission de promotion de l’emploi des travailleurs handicapés. Le mandat : trouver des solutions pour « faciliter l’embauche et le maintien en emploi » de ces individus ainsi que leurs aidants, détaille le communiqué gouvernemental.

Un engagement que contredit le projet de loi de finances pour 2018 en réduisant significativement les financements des entreprises adaptées. Ces établissements nécessitent des aides de l’État pour « compenser le handicap des salariés et soutenir l’investissement et le développement de l’activité des entreprises », explique l’Union nationale des entreprises adaptées (Unea). Ces aides peuvent actuellement subventionner 23 000 postes. Le projet de loi de finances prévoit d’en aider 1 000 supplémentaires, mais diminue en même temps de 4 % le montant des aides déjà existantes. Au regard de l’objectif de ces aides, l’Unea craint que ces mesures contradictoires aient à long terme un impact négatif pour les entreprises adaptées.

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