Cette grande distribution qui affame les paysans et supprime les PME

Alors que les États généraux de l'alimentation se terminent par un grave échec , les grandes surfaces s'organisent et s'associent au niveau européen pour écraser les prix payés aux producteurs.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


D’après les dernières statistiques publiées le 14 décembre par la Commission des comptes de l’agriculture, le revenu des paysans français a reculé, toutes activités confondues, de 29 % au cours de l’année 2016. Avec tout ce que cela représente comme cessations d’activité et, aussi, suicides. En moyenne un tous les deux jours, soit une proportion supérieure de 20 % au reste de la population française. Au cours de cette même année le nombre des faillites des petites entreprises spécialisées dans la fabrication des produits alimentaires, généralement consacrées aux conserves, aux surgelés ou aux préparations pour les traiteurs, a été multiplié par deux. Certaines à cause des retards de règlement de leurs factures, d’autres ne pouvant plus faire face aux conséquences des tarifs d’achat à la baisse imposés par la grande distribution.

Les États généraux de l’alimentation, dont les discussions durent depuis la fin du mois de juillet et se terminent dans quelques jours, n'ont guère pris en compte le problème des revenus des agriculteurs ou le sort des PME spécialisées dans l’agro-alimentaire. Pourtant, 90 % d’entre elles (60 000) emploient au plus une dizaine de salariés. Avec un taux de disparition annuelle de plus en plus élevé.

Alliances entre grandes enseignes

Ces situations ne préoccupent pas les quelques responsables de la grande distribution. Puisque les quelques géants existant dans ce secteur ont décidé de « rationaliser » et de mutualiser leurs recours aux centrales d’achat. Y compris en s’alliant à des plate-formes d’achat internationales regroupant déjà des Britanniques, des Espagnols, des Allemands et même des Russes. C’est, par exemple, le cas pour Casino qui va donc désormais se fournir par le biais d’une centrale d’achat réalisant chaque année un chiffre d’affaires de 184 milliards d’euros. De quoi peser sur les prix… mais en faisant porter ce poids sur les agriculteurs et les petites entreprises ou ateliers alimentaires. Tous n’ayant ni les moyens ni la force de résister aux exigences de la grande distribution. Laquelle veut pouvoir affirmer que les prix baissent, mais en faisant porter cet « effort » sur leurs petits fournisseurs. D’ailleurs c’est bien la seule préoccupation de Casino qui s’est pour cela associé à Intermarché. Notamment pour les « marques de distributeurs » qui ne permettent aucune traçabilité des produits.

Achever les paysans et les PME

Avec les mêmes objectifs, Auchan s’est associé à Système U dans une centrale française baptisée Alliance tout en regroupant ses achats avec l’enseigne Metro, le groupe de distribution allemand qui pèse 60 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an. Mais dans le domaine alimentaire et d’autres, Carrefour, c’est également Cora ou Fnac-Darty. Et Intermarché fait la loi sur les prix avec Alidis, Casino et Arena. En fait les croisements, d’un distributeur à l’autre, sont de plus en plus fréquents et multiples. Même pour Leclerc qui proclame une « indépendance » qui n’est que fictive puisque ses achats sont également regroupés avec Boulanger et Système U.

Les grandes surfaces sont donc résolues, contrairement aux souhaits des consommateurs ou de la Confédération paysanne, à constituer un gigantesque conglomérat d’achat à travers l’Europe pour réussir à imposer une illusion de baisse des prix qui n’affectera que les revenus de nombreux agriculteurs, des entreprises de production alimentaire locales. Au détriment, notamment de la santé des consommateurs puisque ces groupes puissants sont déjà et seront en plus à même d’imposer le recours à des ingrédients et additifs face aux législations des États.

Les États généraux de l’alimentation ont donc simplement fait apparaître que la grande distribution peut s’opposer sans crainte aux pays en raison de la force de frappe de son chiffre d’affaires.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents