La vraie paix au Pays basque, c'est pour quand ?

Alors que toutes les conditions sont réunies pour tourner définitivement la page des années de lutte armée, Paris et Madrid font toujours la sourde oreille. Des milliers de Basques ont défilé samedi 9 décembre pour interpeller le gouvernement.

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Près de 11 000 personnes, essentiellement venues du Pays basque, ont défilé samedi 9 décembre dernier à Paris de Montparnasse aux Invalides. Le cortège demandait instamment au gouvernement de conclure par un processus de paix en bonne et due forme le désarmement du groupe armé ETA, organisé par la société civile le 8 avril 2017. Une volonté massivement partagée par la population, associations, syndicats, collectivités… et par la classe politique unanime.

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Mais les autorités ne bougent toujours pas, et la marche entendait notamment les interpeller sur le sort des quelque 70 prisonniers basques, dont une majorité connaît des conditions de détention hors norme alors qu'ils ne présentent plus de risques, et qui sont de plus éloignés de leurs familles (à 645 kilomètres en moyenne). Ces dernières, qui subissent une « double peine », réclament en particulier un rapprochement des détenus au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan (Landes), auquel ils pourraient avoir droit.

« Le cauchemar reste le même pour les prisonniers et tout leur entourage, rien n’a changé si ce n’est en pire », lance Joana Haranburu, fille d’un prisonnier basque incarcéré depuis vingt-huit ans déjà. « Le droit doit s’appliquer, libérez les prisonniers malades et ceux qui auraient accès à la liberté conditionnelle », martèle Anaiz Funosas, présidente du mouvement citoyen pour la paix Bake Bidea.

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« La société basque parle d'une seule voix pour réclamer une paix durable », affirme Jean-René Etchegaray, maire (UDI) de Bayonne et président de la communauté d'agglomération du Pays basque. « Ces mesures d'urgence vont dans le sens d'une réconciliation qui nécessitera le retour de tous les prisonniers et exilés au sein de la société basque, ainsi que la reconnaissance de toutes les victimes, défend Michel Berhocoirigoin, paysan et membre des Artisans de paix. La véritable paix est celle qui profite à tous et dont tous sortent gagnant. »

Michel Tubiana, président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme, s'adresse à Paris et Madrid qui « n'ont pas pris la mesure du changement au Pays basque. Est-il besoin d'entretenir le ressentiment et la souffrance alors que ce conflit destructeur n'a plus de combattants ? Nous refusons d'enterrer le futur avec le linceul du passé ! » Une nouvelle réunion doit avoir lieu avant la fin de l'année entre une délégation de la société civile et le ministère de la Justice. Le 21 décembre pourraient être acceptée la sixième demande de libération conditionnelle de Ion Kepa Parot, emblématique détenu qui a déjà effectué 27 ans de prison.


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