Dossier : Trump : Comment il a réveillé la gauche

Trump : Un président contre l’histoire

Pour Lucile Dufour, du Réseau Action Climat, la politique environnementale de Donald Trump risque de coûter cher à la planète, mais aussi aux États-Unis eux-mêmes.

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Le 6 juin 2017, Donald Trump annonçait le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, adopté en 2015 à la COP 21 pour contenir le réchauffement global sous la barre des 2 °C. Un coup très dur pour la planète et pour les populations qui subissent de plein fouet les impacts des dérèglements climatiques. Et le triste reflet d’une politique climatique qui va à contre-courant de la transition écologique, pourtant en cours dans le reste du monde.

Depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump détricote méticuleusement l’héritage de l’administration Obama sur le climat. Aucune facette de la politique sur ce sujet n’est épargnée : baisse du budget de l’agence environnementale et des financements pour les pays du Sud, redémarrage des projets d’oléoducs et de gazoducs Keystone XL ou Dakota Access Pipeline, abrogation du Clean Power Plan visant à fermer progressivement les centrales à charbon américaines. Alors que le monde entier se tourne vers les énergies renouvelables, l’administration Trump, minée par le lobby des fossiles, maintient sous perfusion les énergies du passé.

Ce que le président des États-Unis n’a pas compris, c’est que ses décisions vont à l’encontre des intérêts de sa nation : par exemple, les secteurs de l’énergie solaire et éolienne créent des emplois douze fois plus rapidement que dans le reste de l’économie américaine. Ses positions sont encore plus incohérentes lorsque l’on sait que les États-Unis sont de plus en plus touchés par les impacts des dérèglements climatiques. En 2017, les dommages dus aux catastrophes naturelles ont atteint le montant inégalé de 306 milliards de dollars. À force de nier l’urgence climatique, Donald Trump risque de faire subir à son pays – et à la planète entière – des dégâts humains et économiques irréversibles.

Alors que le gouvernement états-unien a décidé de ne plus s’acquitter de sa part de l’effort et de se retirer de l’Accord de Paris, les acteurs non étatiques ont choisi leur camp. « We are still in » est le mot d’ordre de plus de 2 500 États, villes, entreprises ou universités qui se sont engagées à mener des politiques climatiques sur le territoire. Quatorze États et Puerto Rico ont ainsi promis de tenir leur promesse de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, compatible avec l’engagement pris par les États-Unis lors de la COP 21.

Ce sursaut citoyen pourrait bien limiter l’impact négatif de la politique de Donald Trump. De fait, par son retrait, il a resserré les rangs internationaux autour de l’Accord de Paris. Depuis la COP 23, qui s’est tenue en novembre dernier, les États-Unis sont le seul pays à ne plus le soutenir. Les déclarations se sont succédé pour rappeler l’engagement des chefs d’État à appliquer cet accord, et leur volonté de ne pas céder au chantage d’un seul pays pour en renégocier l’ambition. Un an après sa prise de pouvoir, Donald Trump se retrouve isolé à la fois dans son propre pays et sur la scène climatique internationale.

Bien sûr, les États-Unis restent le second émetteur de gaz à effet de serre dans le monde, après la Chine. Il ne s’agit donc pas de sous-estimer l’impact global de leur retrait. Au contraire, il rend le défi encore plus ardu, alors que les concentrations mondiales de CO2 continuent de grimper en flèche. Cela signifie que l’ensemble des autres pays doit redoubler d’efforts dès maintenant pour faire face à l’urgence et faire émerger de nouveaux pays leaders dans le domaine du climat.

L’année 2018, au cours de laquelle sera dressé le premier bilan des efforts climatiques depuis la COP 21, sera l’année de vérité pour savoir si ces États sont prêts à relever le défi climatique face à un pays qui tourne résolument le dos à l’histoire.

Lucile Dufour Responsable politiques internationales et développement au Réseau Action Climat-France.


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