Dossier : Ils bravent les lois anti-migrants : Les nouveaux Justes

À Briançon, l’accueil comme une évidence

Sur le passage de migrants qui traversent la frontière franco-italienne, la ville s’est organisée pour leur venir en aide. Un succès local qui donne de l’espoir. Reportage.

Il n’est pas encore midi. Déjà la buée sur les vitres révèle qu’à l’extérieur la neige a commencé à geler, tandis que dans la grande pièce du Refuge solidaire une dizaine de personnes s’agitent autour de Marie-Odile et des casseroles fumantes. Cinq jeunes hommes épluchent avec soin les légumes du repas. Ce jeudi 25 janvier, ils seront une vingtaine autour de la table. Âgés de 17 à 35 ans, ils ont en commun d’avoir traversé la frontière franco-italienne pour parvenir jusqu’à Briançon.

C’est de plus en plus difficile depuis deux ans de passer par Vintimille, alors les migrants tentent leur chance plus au nord. Certains ont débarqué cette nuit, d’autres sont là depuis un an, comme Badra [1]. En attente de ­régularisation, ce jeune Ivoirien à la silhouette longiligne et au charme dandy est devenu un des piliers du Refuge, mais aussi une personnalité de la ville, impliqué chez les scouts, dans le spectacle d’été de la ville… Surtout, il prête main-forte aux quelque 200 bénévoles qui se relaient depuis juillet 2017 au Refuge, un ancien bâtiment des CRS pour le secours en montagne. Chaque nuit, les migrants qui arrivent des montagnes voisines y trouvent un toit, des vêtements et des soins. Près de deux mille sont passés par la ville depuis 2015, présentant souvent des engelures après avoir marché des heures via les cols de l’Échelle ou de Montgenèvre.

Une fois le repas terminé, Claire visse son téléphone à son oreille pour organiser avec Xavier, « le Uber de l’asso », le trajet de six mineurs. Ils partent demain pour Gap, où le conseil départemental des Hautes-Alpes doit les prendre en charge. Depuis l’ouverture du Refuge, plus de 700 personnes s’y sont déclarées mineures. L’administration ne paye pas le trajet depuis Briançon, les bénévoles avancent les frais avant d’être remboursés par la Maison jeunes culture (MJC), qui a pris sous son aile le Refuge, connexe à ses locaux. Luc Marchello, son président, a engagé depuis 2003 la MCJ sur la question des étrangers. Elle suit aujourd’hui plus d’une dizaine de jeunes en transit à Briançon, qui attendent d’être régularisés. Comme la majorité des migrants ici.

Julien [2], du Cameroun, attend depuis trois mois que son dossier soit transféré à la préfecture de Marseille. « Que c’est complexe ! Quand tu penses avoir compris la démarche, plein d’autres informations s’ajoutent et se contredisent », soupire-t-il. « Va le dire à Macron », ironise Joël, bénévole, le béret enfoncé sur la tête. Accrochée au mur derrière Julien, la fameuse une de L’Obs où le visage du président du « pays des droits de l’homme » est entouré de barbelés.

Julien loge à Puy-Saint-Pierre, à une vingtaine de minutes du Refuge, dans l’ancienne propriété de Marcel Amphoux. À sa mort, cet agriculteur un peu marginal l’a léguée à ses locataires, un groupe de jeunes qui y ­faisaient des travaux. Le local communautaire est devenu « Chez Marcel ». Julien se réchauffe. Le poêle est constamment allumé depuis le début de l’hiver. Avec sa banderole « Ouvrons nos frontières », le local accueille depuis cet été une quinzaine de personnes sur le long terme, alors que le Refuge héberge pour des durées plus courtes. Les bénévoles orientent les candidats à des séjours plus longs vers Welcome, un réseau régional de familles d’accueil.

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