Au rendez-vous des égarés de la nuit

Trois soirs par semaine, l’association des Compagnons de la nuit ouvre les portes de La Moquette, un espace où gens de la rue et solitaires se croisent autour de conférences politiques et d’animations culturelles.

Lena Bjurström  • 14 février 2018 abonné·es
Au rendez-vous des égarés de la nuit
photo : Le Cri quotidien, de la compagnie Les Anges au plafond, a été joué à La Moquette.
© Vincent Muteau

Ceux qui ne connaissent pas passent sans la voir. Coincée entre une agence de voyages et un portail ouvragé du Ve arrondissement de Paris, l’entrée est discrètement signalée par l’image d’une chouette qui ouvre l’œil. À travers la porte en verre, la lumière se déverse sur le trottoir enneigé. Il est 21 heures, La Moquette ouvre ses portes. Un à un, les habitués arrivent, se saluent par leur prénom, consultent la programmation des soirées à venir ou échangent les dernières nouvelles avec l’équipe de l’association des Compagnons de la nuit. Il y a ceux qui ne comptent plus les nuits passées dehors, la vie dans les poches, son poids sur le dos. Ceux qui enchaînent les petits boulots pour rentrer dans une chambre vide. Et les autres, quel que soit leur parcours. Depuis 1992, La Moquette accueille les égarés de la nuit et offre un espace où se retrouver, le temps d’une soirée.

Devant l’entrée, Augustin*, cigarette au bec et sourire de traviole, évoque un ami de la rue qui vient de passer l’arme à gauche. « C’était un mec bien. » « Ouais, réplique son comparse, mais qu’est-ce qu’il pouvait raconter comme conneries ! Un vrai mythomane ! À l’en croire, il avait tout fait dans sa vie. » « Ah, c’est sûr qu’il disait aux gens ce qu’ils voulaient entendre », se marre Augustin. « Mais si l’histoire est bien racontée, ajoute-t-il, est-ce vraiment important de savoir ce qui est vrai ? » Le ton est donné.

« Quand on ouvre les portes de La Moquette, on ne sait pas qui va venir, d’où, dans quel état, pourquoi, et on ne le demande pas, explique Frédéric Signoret, directeur de

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société
Temps de lecture : 9 minutes

Pour aller plus loin…

Loana Petrucciani : l’exploitation des femmes pauvres par la téléréalité est un spectacle mortel
Analyse 27 mars 2026 abonné·es

Loana Petrucciani : l’exploitation des femmes pauvres par la téléréalité est un spectacle mortel

L’histoire de la première vedette française de télé-réalité rappelle ce que la notoriété fait aux femmes : elle les tue, réellement ou symboliquement, comme pour expier la misogynie d’une société entière.
Par Nesrine Slaoui
« Il fallait que Loana meure pour qu’on en parle vraiment »
Entretien 27 mars 2026 abonné·es

« Il fallait que Loana meure pour qu’on en parle vraiment »

Le décès de Loana Petrucciani ravive un malaise collectif longtemps tu. L’essayiste Rose Lamy décrypte comment le mépris de classe a façonné la trajectoire d’une femme déplacée dans un monde qui ne voulait pas vraiment d’elle.
Par Juliette Heinzlef
« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »
Entretien 26 mars 2026 abonné·es

« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »

Marie-Laure Basilien Gainche, professeure de droit public analyse en quoi le règlement « Retour » voté aujourd’hui par le Parlement européen bafoue des droits fondamentaux. Pour elle, ces derniers sont perçus « comme des contraintes » par l’Union européenne dans la mise en œuvre de ses politiques d’éloignement.
Par Pauline Migevant
« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »
La Midinale 20 mars 2026

« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »

Samedi 21 mars, à 14 h 30, une marche pour Nahel et contre les violences policières se lancera depuis les abords du lycée Joliot-Curie à Nanterre. Après la requalification du meurtre en violences (mais avec le pourvoi en cassation du parquet), Mornia Labssi, militante antiraciste et co-organisatrice de la marche, est l’invitée de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien