Éducation : « L’air du temps est à la mise en concurrence »
La réforme du bac et celle de l’entrée à l’université suscitent des mobilisations depuis la fin janvier, au motif qu’elles étendent le principe de sélection.
dans l’hebdo N° 1490 Acheter ce numéro

Annabelle Allouch est maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Picardie-Jules-Verne (Amiens) et chercheuse associée à Sciences Po. Elle est spécialiste des politiques éducatives et universitaires et de l’articulation entre le secondaire et le supérieur. Elle étudie comment se fabriquent et se reproduisent les inégalités et comment les politiques d’accès à l’enseignement supérieur se réforment en France, en Angleterre et aux États-Unis. Elle a publié en septembre 2017 un essai, La Société du concours [1], dans lequel elle analyse en quoi le concours est une « forme radicale de sélection », fonctionnant « comme une centrale de tri ». Dès l’introduction, elle prévenait que la loi du 19 décembre 2016 instaurant la sélection en master à l’université apparaissait comme une première étape de la généralisation du principe de sélection dans un établissement de service public.
Le 30 octobre, le Premier ministre, Édouard Philippe, et la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, ont annoncé une réforme de l’entrée à l’université en 2018. Orientation renforcée au lycée, recrutement des étudiants sur dossier par les universités en fonction d’une grille d’« attendus » renseignés sur une nouvelle plateforme : Parcoursup. Les étudiants n’auront plus le choix de leur établissement, affirme une partie de la communauté éducative mobilisée depuis l’été dernier. Le 24 janvier 2018, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a annoncé qu’il présenterait le 14 février