Gouvernement poids plume

Ce n’est pas parce que les oppositions à Macron sont éparses et, pour l’heure, globalement faibles, que Macron est assuré de sa force.

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Ce n’est pas parce que les oppositions à Macron sont éparses et, pour l’heure, globalement faibles, que Macron est assuré de sa force. Son habileté ne saurait masquer ses propres faiblesses : en Europe, des partenaires de centre-droit et de droite fragilisés ; en France, peu d’alliés politiques, un socle sociologique certes puissant mais minoritaire, un humanisme évanescent (du fait du durcissement de sa politique migratoire et sécuritaire) et des fissures qui commencent à se dessiner.

Mais le plus frappant reste l’extraordinaire inconsistance du gouvernement, dont même les supposés poids lourds (Hulot, Darmanin, Le Maire, Nyssen, Pénicaud…) ont été rendus quasi aphasiques quand les jeunes seconds se contentent de vulgaires plans de com. Les deux qui dépassent d’une tête, Blanquer et Collomb, accentuent le déport très à droite. Le premier en mettant en scène ses convictions ultra-laïcistes, le second en s’excusant à peine de marcher sur les migrants. Et ce ne sont pas les députés La République en marche, tantôt soumis tantôt absents, qui seront d’un quelconque renfort ni réconfort. L’exécutif connaît la fragilité politique de son dispositif, au point qu’il le contourne lui-même : c’est ce qui explique que, disposant pourtant d’une très forte majorité parlementaire, il choisisse de réformer, pour la deuxième fois en moins de six mois, par ordonnances.

Quand François Hollande et Manuel Valls décidaient de passer en force, à coup de 49-3, c’était antidémocratique mais hélas rationnel : ils n’avaient plus la majorité pour conduire leur politique. Mais que des parlementaires acceptent ainsi de se délester de leur raison d’être – faire la loi – pour la déléguer au pouvoir qu’ils sont censés contrôler, voilà qui en dit long sur la servitude volontaire des troupes macronistes. D’aucuns y verront la puissance d’un Macron « hyper PDG ». Mais il est aussi une autre réalité, qui se voit déjà : la très grande fragilité d’un pouvoir qui ne peut miser longtemps sur la seule faiblesse des autres, et encore moins sur la seule force de sa tête. Une tête sans doute bien faite, mais dont le corps est trop léger pour tenir face au vent. Et dont les pieds sont en argile. C’est en bas que le bât blesse.


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