Mai 68 : Ces combats qui sont toujours les nôtres

Politis publie un hors-série « Que reste-t-il de Mai 68 ? » à l'occasion de son 50e anniversaire. En voici l'éditorial.

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Nous voilà pris en flagrant délit de commémorations, soufflant des bougies à en perdre haleine : le 50e anniversaire de Mai 68, les 30 ans de Politis, et bientôt les 20 ans d’Attac… Dans les deux derniers cas, il s’agit de fêter un journal et une association encore dans la force de l’âge. Mais, dès que l’on évoque Mai 68, il faut se défendre du soupçon de nostalgie.

À lire >> Notre hors-série Que reste-t-il de Mai 68 ?

En parler, n’est-ce pas déjà suggérer que nous vivons aujourd’hui une époque en manque d’histoire ? Le « joli mois de Mai » écraserait la succession. En vérité, il bénéficie surtout d’un bel effet d’optique. Les événements s’y sont bousculés, concentrés, ramassés dans une unité de temps et de lieu qui ont fertilisé la mémoire et l’imagination. Si bien que la comparaison avec notre époque est peut-être moins défavorable qu’il y paraît.

Tout romantisme mis à part (les charmes de « la parole sauvage » dont parlait Roland Barthes !), beaucoup de combats inaugurés dans les années 1960 sont plus que jamais les nôtres aujourd’hui. Et nous sommes peut-être mieux armés pour les mener. La lutte contre la domination masculine mobilise davantage qu’il y a un demi-siècle. L’écologie est devenue un thème universel. Les illusions tiersmondistes se sont dissipées. Le productivisme et même le progrès sont enfin questionnés. Mais il est vrai aussi que des périls que l’on croyait renvoyés dans les ténèbres du passé, comme le radicalisme religieux et le nationalisme, ont ressurgi.

Si Mai 68 exerce encore une sorte de fascination sur les esprits, c’est que l’époque paraissait plus simple qu’aujourd’hui, avec des antagonismes francs à partir desquels il n’était pas difficile de se positionner. Il était plus évident de prendre parti dans la guerre du Vietnam qu’à présent dans le chaos syrien. La chute du Mur, Internet, la mondialisation, le défi climatique, la cupidité hystérique de la finance ont bouleversé notre vision du monde et transformé les cadres des combats.

Mais si nos grilles de lecture sont en partie obsolètes, les valeurs que nous défendons, de liberté, de justice sociale et de solidarité, sont toujours, et profondément, celles de Mai 68. Ce qui n’a jamais cessé d’en faire un enjeu politique et culturel. Souvenons-nous : il y a dix ans, Nicolas Sarkozy avait fait de « l’idéologie soixante-huitarde » la cause de tous les maux. Et, cette année, nous avons échappé de peu (semble-t-il) à des cérémonies de récupération macroniennes…

Mai 68 est toujours l’objet d’une bataille d’interprétation qui divise notre pays et traverse la gauche. Mais, avant d’interpréter, il faut revenir à l’histoire. Les meilleurs spécialistes ont apporté à ce numéro leur savoir et leur analyse. La première séquence est donc consacrée à ce « moment d’histoire ». Puis, en réinscrivant l’événement dans la durée, nous avons voulu nous pencher sur les années post-68. Les effets directs ou indirects du mouvement sur notre société. Enfin, nous avons demandé à des jeunes comment ils perçoivent ce passé déjà lointain. Et nous nous sommes posé la question inévitable : un nouveau Mai 68 serait-il possible ? Je veux dire ici un grand merci à toutes celles et à tous ceux qui ont accepté de contribuer à ce numéro [1].

[1] Un merci tout particulier à l’historien Maxime Jourdan, qui nous a aidés à réaliser ce numéro.

Notre hors-série anniversaire « Que reste-t-il de Mai 68 ? » est disponible en kiosques et sur notre boutique en ligne

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