Victoire des grévistes de l’Holiday Inn Clichy

Après 111 jours de grève, les salariés de la société de nettoyage Héméra ont obtenu gain de cause sur la quasi-totalité de leurs revendications.

Politis.fr  et  AFP  • 12 février 2018
Partager :
Victoire des grévistes de l’Holiday Inn Clichy
© photo : BENJAMIN MENGELLE / HANS LUCAS / AFP

Après 111 jours de grève, douze femmes de chambre, équipiers et plongeurs de l’Holiday Inn de Clichy (Hauts-de-Seine), employés en sous-traitance, ont obtenu gain de cause. Le mouvement avait été déclenché mi-octobre par une douzaine des 42 salariés de la société de nettoyage Héméra employés dans l’hôtel, pour s’opposer à la mutation d’une gouvernante, la deuxième en six mois. Il s’est conclu jeudi dernier après un ultime bras de fer.

À lire aussi >> Nettoyage : les forçats invisibles

« Un accord a été enfin trouvé après 111 jours de grève et pratiquement deux semaines de négociations », a annoncé Kandi Tiziri de la CGT-HPE (Hôtels de prestige et économiques). Les grévistes ont arraché « une belle victoire », a commenté Étienne Deschamps de la CNT-Solidarité ouvrière.

Ils ont obtenu la réintégration des deux gouvernantes et fait inscrire, dans l’accord, la suppression de la clause de mobilité imposée aux salariés. Les salariés mis à disposition de la société depuis plus d’un an ne pourront pas être mutés unilatéralement, sauf en cas de sanction disciplinaire ou de baisse d’activité. Le texte prévoit aussi une prime de panier de 7,14 euros par jour, un plancher de 30 heures de travail minimum par semaine (sauf si le salarié ne le souhaite pas), la prise en compte de l’habillage et du déshabillage dans le temps de travail effectif, le rétablissement de deux jours de repos consécutifs et, surtout, « le paiement à l’heure et non plus à la chambre ».

Un exemple pour les autres luttes sociales

Cela signifie « que le travail à la tâche est banni dans cet hôtel », selon Mirabelle Nsang, porte-parole du mouvement et représentante CNT-SO. « Cela fait onze ans que je me bats avec mon syndicat pour que ces revendications soient entendues », dit-elle. L’accord prévoit d’autres avancées, notamment sur les droits sociaux (chômage, retraite, Sécurité sociale, etc…) et le dialogue social, avec la création d’un « délégué de proximité » représentant les salariés de la sous-traitance auprès du donneur d’ordre. Seule ombre au tableau : les grévistes n’ont pas été intégrés, comme ils le réclamaient, au sein des effectifs de l’hôtel.

La société Héméra « a voulu saborder les négociations », ils ont pratiqué « la politique de la terre brûlée » alors que le contrat commercial avec Holiday Inn s’achève en décembre, a estimé Étienne Deschamps. Mais les dirigeants de l’hôtel ont aussi « leur part de responsabilité » car ils auraient pu « dès les premières semaines régler le problème », dit-il.

Quoi qu’il en soit, la victoire des « sous-traitants de l’hôtellerie » doit servir d’exemple pour les autres luttes sociales, selon le délégué CNT-SO. « Dans le contexte actuel de reculs sociaux, c’est un conflit qui donne à tout le monde de l’espoir. On peut gagner quand on est déterminés. »

Société Travail
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Loana Petrucciani : l’exploitation des femmes pauvres par la téléréalité est un spectacle mortel
Analyse 27 mars 2026 abonné·es

Loana Petrucciani : l’exploitation des femmes pauvres par la téléréalité est un spectacle mortel

L’histoire de la première vedette française de télé-réalité rappelle ce que la notoriété fait aux femmes : elle les tue, réellement ou symboliquement, comme pour expier la misogynie d’une société entière.
Par Nesrine Slaoui
« Il fallait que Loana meure pour qu’on en parle vraiment »
Entretien 27 mars 2026 abonné·es

« Il fallait que Loana meure pour qu’on en parle vraiment »

Le décès de Loana Petrucciani ravive un malaise collectif longtemps tu. L’essayiste Rose Lamy décrypte comment le mépris de classe a façonné la trajectoire d’une femme déplacée dans un monde qui ne voulait pas vraiment d’elle.
Par Juliette Heinzlef
« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »
Entretien 26 mars 2026 abonné·es

« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »

Marie-Laure Basilien Gainche, professeure de droit public analyse en quoi le règlement « Retour » voté aujourd’hui par le Parlement européen bafoue des droits fondamentaux. Pour elle, ces derniers sont perçus « comme des contraintes » par l’Union européenne dans la mise en œuvre de ses politiques d’éloignement.
Par Pauline Migevant
« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »
La Midinale 20 mars 2026

« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »

Samedi 21 mars, à 14 h 30, une marche pour Nahel et contre les violences policières se lancera depuis les abords du lycée Joliot-Curie à Nanterre. Après la requalification du meurtre en violences (mais avec le pourvoi en cassation du parquet), Mornia Labssi, militante antiraciste et co-organisatrice de la marche, est l’invitée de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien