Dossier : Russie : Ils osent résister à Poutine

Russie : L’abstention, seul choix contestataire

Si les campagnes sont acquises à Poutine, on se désole dans les métropoles de la pauvreté des programmes des opposants. Reportage.

Au cœur de la presqu’île d’Olkhon, au bord du lac Baïkal, 50 km au nord d’Irkoutsk, capitale de la Sibérie centrale, Anouchka, la soixantaine passée, livre volontiers son sentiment sur les élections et la situation de son pays. Et dans l’angle d’une pièce de son isba, dans ce que les Russes nomment encore le « krasny ugol », le « coin sacré de la maison », un indice discret témoigne de sa préférence : à côté d’une bougie dont la flamme tremblote du matin au soir et d’une image de saint Georges, patron de la Russie, trône une photo de Vladimir Poutine. Anouchka avoue qu’il a remplacé Lénine sur ce petit autel dans les années 1990. Elle sourit sans répondre quand on lui demande si, autrefois, ses parents y avaient installé une effigie de Staline. « Notre famille a toujours vécu ici, raconte-t-elle. Nous sommes très loin de Moscou, que nous appelons “le centre”, et je ne sais pas vraiment ce qu’il s’y passe. Mais je crois que, dans la capitale, ils ne savent pas plus comment est la vie en Sibérie. Quand je vais à Irkoutsk, le bus met plus longtemps qu’autrefois, et la queue pour prendre le bac est interminable. J’ai du mal à reconnaître notre grande ville avec des bars, des publicités indécentes, des boutiques trop chères, des jeunes dont les habits doivent offenser le bon Dieu. » Quand elle accompagnait son mari, pêcheur, pour vendre le poisson sur les marchés, elle se sentait chez elle, « chez nous ». Désormais, à la télévision, le sens de certains mots lui échappe… Anouchka mentionne également sa retraite, insuffisante, les poissons qui avaient déjà disparu du lac quand son mari est mort, l’alcoolisme, la pornographie, le manque de médecins, les transports aléatoires, les petits phoques du lac qui meurent sur la glace du Baïkal à la fin de l’hiver… Bref, tout va mal. Elle incrimine également les touristes et trouve que la minorité bouriate [1], dont la République est installée sur l’autre rive du lac, devient trop arrogante envers les « vrais » Russes. Alors, elle ira voter Poutine, et elle jure que ses voisins feront la même chose : « Notre président est fort et intelligent, mais il ne peut pas savoir comment nous vivons, il ignore comment son administration nous traite et oublie même souvent que nous existons. » Même si la plupart de ses voisins, dans le village et alentour, ne prennent pas position avec la même franchise, il est facile de deviner qu’ils se prononceront de la même façon. Ou n’iront pas voter « s’il y a encore beaucoup de neige ou s’il fait trop froid ».

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