Ruffin appelle à une manifestation nationale le 5 mai

Le député de la Somme, entouré de militants et syndicalistes, propose une marche commune contre la politique d'Emmanuel Macron. L'espoir d'un mouvement de grande ampleur semble renaître.

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L'ombre de Nuit debout est présente ce soir du 4 avril. C'est le même décor, les mêmes acteurs, voire la même odeur. Mais ce n'est pas le mouvement du 31 mars 2016. « Nous ne sommes pas là pour rejouer Nuit debout, annonce Frédéric Lordon. Marx nous a suffisamment mis en garde de recopier l'Histoire. » À ces côtés il y a François Ruffin et de nombreux représentants des mouvements sociaux actuels. Devant lui, environ 600 personnes qui remplissent la salle Ambroise-Croizat de la Bourse du travail de Paris. Devant le bâtiment, à quelques pas de la place de La République, plusieurs centaines de personnes, qui n'ont pu rentrer, attendent et discutent. Le député FI rigole : « Je n'ai plus l'habitude de m'exprimer devant une assemblée aussi remplie. » Il lance un appel à une grande manifestation nationale le samedi 5 mai.

« Le droit d’espérer »

Au commencement, il y a un mal-être, une souffrance « qui va plus loin que la lutte contre Macron et le CAC 40 ». Il y a l'aspiration à autre chose. « Il faut essayer quelque chose, lance François Ruffin en citant Roosevelt. Le peuple ne nous en voudra pas d’échouer, mais nous en voudra de ne pas essayer. » À la question, « qui est contre ? », la quasi-totalité des mains se lèvent. « Ce qui nous anime, ce n'est pas seulement les grèves actuelles, c'est l'espoir d'une autre société », affirme Marie, étudiante.

Ce changement passe par le travail : des nombreux acteurs du privé comme du public, en CDI, CDD ou freelance viennent témoigner de leur combat. « Le travail reste un élément déterminant dans nos existences sociales, explique François Ruffin. Or la souffrance devient la norme actuellement, pour ceux qui travaillent comme pour ceux qui en sont exclus. »

Lutter pour pouvoir bien travailler

Bérenger et Bruno, deux cheminot syndiqués CGT et Sud, viennent faire part de leur combat à la fin de ce deuxième jour de grève. Il est question de statut, de la dette de la SNCF et d'ouverture à la concurrence. « On ne va pas lâcher car si Macron gagne contre nous, vous serez sa prochaine cible. On va continuer pour nous, pour vous ! » Les applaudissements interrompent souvent les deux cheminots.

Plus tard, une salariée d'Holiday Inn, venue raconter les quatre mois de grève nécessaires pour faire valoir leurs revendications, leur fait part de son soutien. « Nous, on a gagné en étant quelques dizaines de grévistes. Alors les cheminots, qui sont beaucoup plus nombreux et mieux organisés que nous, ils vont forcément gagner ! » Tour à tour, une infirmière, une salariée de Carrefour, Gaël Quirante – récemment licencié de La Poste –, des étudiants de Tolbiac ou encore des associations comme Greenpeace prennent la parole pour montrer à quel point le combat est grand et les enjeux essentiels. Sayah Baaroun, représentant des chauffeurs VTC anti-Uber, conclut :

Si on se fait tous ubériser, nous perdons notre humanité. Nous, le modèle Uber on y a cru. C’était une belle arnaque...

« Débordement général »

Dernière partie de la soirée, « la plus casse-gueule et la plus poétique », annonce François Ruffin : celle des propositions pour l'organisation de la manifestation du 5 mai. Une pétition est publiée tandis que le réalisateur de Merci patron ! souhaite « la création de comité locaux pour agréger les mécontentements ». Tous les points d'appui sont bons à prendre dans les prochaines manifestations. Et pour le nom ? François Ruffin aime « La fête à Macron », tandis que Frédéric Lordon préfère « Le débordement général ». Le député tranche :

On s'en fout du nom. Il peut y avoir 1 000 noms, comme autant de raisons qu'il y a à descendre dans la rue ce jour-là.

La véritable question, c'est plutôt « que fait-on le 5 mai au soir ? ». Le micro tourne et les propositions fusent. C'est là la force de ce mouvement, espère Ruffin, « que les citoyens soient émetteurs pour que cette marche ne soit pas classique mais la plus originale possible ». Déjà, l'économiste Frédéric Lordon prévient : « Nous voulons le mouvement de masse. Si l'offensive est générale, nous voulons le débordement général. »


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