SNCF : premières passes d’armes à l’Assemblée

Les discussions ont commencé au Parlement sur la réforme de la SNCF, dans une ambiance électrique.

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Les sourires sont tombés, ce mardi dans les rangs de la majorité à l’Assemblée nationale. La grève, particulièrement suivie à la SNCF, et les premières offensives de l’opposition ont donné le coup d’envoi d’une bataille qui s’annonce périlleuse pour le gouvernement.

La gauche attaque

Le débat était sans surprise à l’ordre du jour de la séance de questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale. Les députés communistes avaient préparé le terrain en faisant voler quelques scuds durant l’après-midi, ciblant la ministre des Transports, Élisabeth Borne. « Au lendemain de Pâques, il semble que Mme Borne se soit fait sonner les cloches », montrant « une fébrilité certaine » avant « un mouvement social particulièrement fort », a jugé le député communiste de Seine-Maritime Hubert Wulfranc :

On va tâcher de lui faire perdre les pédales davantage et de reprendre le train du service public à la française.
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Pour la France insoumise, c’est François Ruffin qui s’exprime dans l’hémicycle en fustigeant « les mêmes remèdes », reproduits malgré les échecs de politiques de libéralisation, notamment dans le fret :

Vous êtes les ventriloques de Bruxelles, vous répétez après eux, "concurrence, concurrence". Je vous demande, quand abandonnerez-vous ce dogme pour nous offrir d’autres finalités, plus douces, plus tendre, plus humaines ?

Le gouvernement sort les griffes

Le Premier ministre montre des signes d’agacement, en sermonnant un député LR qui critique, au détour d’une question d’actualité, le recours aux ordonnances choisi par le gouvernement. « Je respecte les grévistes, car ils ont le droit de grève. Mais je respecte les millions de Français qui veulent aller à leur travail », s'emporte le Premier ministre.

Sortie tout aussi musclée, mais plus maladroite, de la ministre des Transports, Élisabeth Borne, qui « pense d’abord aux usagers qui ont galéré ce matin et galèrerons de nouveau ce soir ». La ministre apparaît tendue, un brin méprisante et tente de se poser en surplomb du haut de son grade d’ex-directrice de la stratégie de la SNCF.

Elle martèle des gros chiffres d'investissements, « 36 milliards d’euros dans les dix prochaines années dans le réseau ferroviaire, soit 10 millions d’euros par jour ». Il en faudra plus pour convaincre de la volonté du gouvernement de réinvestir dans le rail, face à une dette de 46,6 milliards d’euros – dont 10,3 milliards vont aux intérêts de la dette – et alors que Bruno Le Maire vient d’annoncer une commande de 100 rames de TGV par la SNCF moyennant 2,5 milliards d’euros.

La passe difficile se prolonge donc pour la ministre, dont l’entretien aux Échos, qui devait paraître il y a quinze jours, a fini par être annulé par le quotidien, car il venait d’être démesurément réécrit par Matignon, révélait ce lundi Marianne.

Fort avec les faibles

Le groupe Nouvelle gauche du Parti socialiste adopte quant à lui une position d’équilibriste. Favorable à l’ouverture à la concurrence, il s’attaque à la suppression du statut de cheminot, car « le 4e paquet ferroviaire ne [le] demande pas », juge Christophe Bouillon, député Nouvelle Gauche, qui muscle le ton :

Vous préférez vous attaquer à un totem plutôt qu’aux vrais sujets. Nul besoin en fait d'une bataille idéologique et d’une surenchère ultralibérale.

La ministre le renverra sèchement à ses contradictions, dans une allusion à « certains qui ont voté pour l’ouverture à la concurrence en 2015 viennent maintenant dire qu’ils sont contre ». Réponse de l’intéressé lors d’une intervention en commission du développement durable, où le débat s’est prolongé en fin d’après midi par une série de prise de position. Il réclame « le respect pour ceux qui ont siégé dans cette assemblée les années précédentes ».

Calendrier, transfert des cheminots et droit de veto

Sur le fond, Élisabeth Borne confirme que la négociation porte essentiellement sur le calendrier de mise en place de la réforme, plus que sur la réforme elle-même. « Nous avons fait le choix d’un niveau élevé de garantie » pour le transfert des salariés vers les entreprises privées qui gagneraient des marchés publics, « en priorité sur la base du volontariat », fait-elle valoir. Il s’agit néanmoins d’un volontariat tout relatif, confirme la ministre, car « à défaut, il pourra être complété par des transferts obligatoires pour garantir la continuité du service ».

Le rapporteur du texte à l’Assemblée nationale, Jean-Baptiste Djebarri, confirme de son côté un désaccord, pas si mince, avec le gouvernement concernant la régulation du marché. Le député LREM a introduit un amendement pour maintenir l’avis conforme, c’est-à-dire un droit de veto du « gendarme du ferroviaire», l’Arafer.

À la surprise générale, le projet de loi prévoyait en effet la suppression de ce droit de veto, unique garantie contre une inflation des tarifs. L’Arafer a en effet régulièrement annulé les tarifs des péages proposés par SNCF réseau, la branche de la SNCF qui gère les infrastructures.

L’examen des articles devait débuter en début de soirée en commission du développement durable.


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