Christophe Alévêque : « L'ignorance est une usine à connerie formidable »

Un spectacle pédagogique, irrévérencieux et nourri de colères assumées. Telle se veut la « Fête de la dette », à Paris, ce 2 juin, animée et présentée par Christophe Alévêque.

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P olitis : C'est la cinquième édition de la Fête de la dette. Pouvez-vous rappeler ce qui a motivé cette fête et comment elle a évolué ?

Christophe Alévêque : Nous abordons notre quinquennat et ce qui préside à cette fête n'a toujours pas changé, le triptyque est le même : éducatif, ludique et solidaire. Il s’agit d’expliquer sous la forme d'un spectacle les tenants et aboutissants de cette dette, en toute objectivité, et de façon humoristique. On peut rire de tout. La preuve, on se marre avec l'économie. Cette année, le spectacle sera un peu énervé, vu le contexte et le retour au dogme des 3 %. Qu'est-ce qui a changé depuis cinq années par rapport à cette dette souveraine ? Vous le saurez en venant.

Quels sont les enjeux ?

Ils sont multiples, comme dirait le ministre. D'abord faire en sorte, à notre niveau, que les gens s'intéressent au problème, et commencent à le cerner. L'ignorance est une usine à connerie formidable, et sans armes, on ne peut pas participer au débat. La démocratie devrait être aussi transparente que le monde de la finance est opaque. Je ne peux plus supporter d'être traité en crétin incapable de saisir le fonctionnement de l'économie. « On s'occupe de tout, allez jouer dans le bac à sable », c'est fini. À nous de décider, nous sommes les payeurs. Ensuite, il convient que le public s'amuse, danse, boive, fasse la fête, pour évacuer toute forme de culpabilité, de peur, de croyance, et autres foutaises. Nous ne sommes pas les responsables de cette dette ! Tout s'est décidé, depuis trente ans, sans nous. Si nous avons droit à l'austérité, nous avons avant tout le droit de nous amuser ! Enfin, tous les bénéfices de cette soirée sont reversés intégralement au Secours populaire. En quatre ans, nous avons déjà récolté plus de 60 000 euros, c'est notre fierté. Notre but cette année est d’atteindre, voire de dépasser les 80 000 euros. In fine, en participant à la soirée, vous apprenez, vous prenez du plaisir et vous faites une BA ! Même un génie universel comme notre Président ne peut pas proposer mieux.

La fête de la dette… n'est-ce pas un peu antinomique, sinon ironique ?

Oui, mais il y avait déjà la Fête de la saucisse, du cochon, de la bière… Alors pourquoi pas la dette ? Ce qui ne veut pas dire qu'on s'en fout, bien au contraire, mais qu'elle ne nous fait pas peur ! C'est pourquoi nous lui faisons sa fête.

Un an après l'élection d'Emmanuel Macron, qu'est-ce qui a changé ?

Rien. Ce n'est pas moi qui le dit, mais les spécialistes, les économistes, les experts… Le marché financier dirige toujours notre quotidien et nos politiques. L'écart entre les riches et les pauvres se creuse, les dividendes des actionnaires des multinationales explosent, les banques ont battu des records de bénéfices depuis 2008… Les transactions financières à haut risque ne sont toujours pas sous contrôle, les paradis fiscaux n'ont toujours pas disparu, la taxe sur les transactions financières n'existe toujours pas etc. Ce n'est pas gai, et vu l'idéologie du petit nouveau, cela ne va pas aller en s'arrangeant. En résumé, la classe politique a explosé, les revenus des plus riches aussi. Et notre dette n'a pas bougé. Les Présidents passent, elle reste.

Quelle sera la programmation cette année ?

Cette année, nous avons placé la Fête sous le signe de « l'austérité ». Ce qui veut dire une fête simple, mais abondante. Spectacle, fanfare, barbecue géant, DJ trader… Et des surprises… Si vous venez au spectacle à 20 heures, vous achetez un ticket. Si vous ne voulez pas débourser d'argent ou ne pouvez pas, vous pouvez venir uniquement au barbecue, l'entrée est libre à partir de 21h30.

La Fête de la dette, samedi 2 juin, à partir de 19h30, Le Centquatre, 5 rue Curial, Paris XIXe. Billetterie : 01 53 35 50 00. Rens. www.104.fr et www.fetedeladette.com


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