Pourquoi je marcherai avec les quartiers en cortège de tête le 26 mai

Madjid Messaoudene, élu de Saint-Denis, veut que les mobilisations des quartiers populaires soient intégrées à l’agenda politique, et participera en ce sens à la « marée populaire » samedi 26 mai.

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Tout d’abord un constat s’impose, les luttes propres aux quartiers populaires sont systématiquement absentes des grandes manifestations populaires. Quand elles y sont c’est parce-que les concerné.e.s les y ont intégrées.

Ceci constitue d’ores et déjà un problème. Pourquoi les états-majors politiques mais aussi les élu.e.s et militant.e.s des formations politiques de gauche – à gauche du Parti socialiste pour aller vite– ne prennent pas en compte les problématiques propres aux quartiers populaires ? Ces dernières sont pourtant cruciales et minent le quotidien et l’avenir de ces quartiers (chômage de masse, échec scolaire, violences policières, discriminations, logement, transport…)

Je crois que l’on peut parler d’un véritable fossé, d’une abyssale déconnexion entre les élites politiques et les classes populaires qu’elles disent défendre.

Combien de ces élites vivent ou travaillent dans ces quartiers, y élèvent et scolarisent leurs enfants ? En effet, comment appréhender les enjeux propres à ces quartiers que la République a abandonnés si les dirigeant.e.s politiques ne les vivent pas , ne les expérimentent pas ?

La défiance est à l’image du manque de représentativité des élites de cette gauche. Manque de représentativité qui va de l’échelon local à la représentation nationale.

Dès lors, comment mettre ces questions à l’agenda politique de ces formations ? N’est-il pas illusoire, après maintes tentatives, d’espérer qu’elles soient un jour prises en compte ?

Si sur le papier, certain.e.s élu.e.s et militant.e.s sont des allié.e.s , force est de constater que sur le terrain ne se mobilisent que les concerné. e.s. De quoi alimenter cette distance installée avec la manière de faire de la politique que ces partis ne cessent de reproduire.

Une distance qui a donné naissance à une véritable organisation dans certains quartiers, notamment autour de l’antiracisme politique. Certaines questions sont au cœur des mobilisations : école, violences policières, islamophobie, services publics… Autant de champs d’action délaissés voire méprisés par la plupart des acteurs. trices de la gauche dite traditionnelle dans ces quartiers.

Les mobilisations des quartiers populaires ne peuvent plus servir d’appui à telle ou telle stratégie politique partisane. Elles doivent être naturellement intégrées à l’agenda politique, par et avec les principaux. ales concerné.e.s. C’est primordial, et c’est inévitable.

Car rien n’arrêtera ce mouvement qui a vocation à aller de l’avant. L’enjeu est bien l’inversion des rapports de force pour une réelle prise en compte de ces réalités de terrain, avec toutes les contradictions que cela suppose. En tant qu’élu je les vis quotidiennement. Pourtant c’est inéluctable. Soit ces bouleversements se feront naturellement, intelligemment et collectivement, soit il y aura un affrontement politique aux résultats plus qu’incertains. Je suis persuadé pour ma part que sans travail en commun, ce sont les habitant.e.s de ces quartiers qui pourraient faire les frais du mépris que les élites ont trop longtemps témoigné à ces quartiers.

Voilà pourquoi je marcherai avec les quartiers en cortège de tête, jour de la marée populaire.


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