[TRIBUNE] Pour la reconnaissance de la responsabilité de l’État français dans la mort de Maurice Audin

Lettre ouverte à Emmanuel Macron.

Collectif  • 30 mai 2018
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[TRIBUNE] Pour la reconnaissance de la responsabilité de l’État français dans la mort de Maurice Audin
© photo : STF / AFP

Le 11 juin 1957, pendant la bataille d’Alger, Maurice Audin, mathématicien communiste de 25 ans, était arrêté par les parachutistes du général Massu devant sa famille, avant d’être torturé. Le jeune assistant à la faculté d’Alger n’en est jamais revenu, et l’armée française a fait disparaître son corps.

Plus de soixante ans ont passé et Josette Audin, sa femme, attend « toujours que la France, pays des droits de l’homme, condamne la torture, ceux qui l’ont utilisée et ceux qui l’ont autorisée ». Car Maurice Audin ne s’est pas évaporé dans la nature après une évasion, comme l’a trop longtemps soutenu la « version officielle ». À la suite de Pierre Vidal-Naquet, tous ceux qui ont travaillé sur cette « affaire » ont établi que Maurice Audin avait été torturé et assassiné par l’armée française, agissant dans le cadre des pouvoirs spéciaux votés par le pouvoir politique. Mais, de loi d’amnistie en non-lieu, tout a été fait au plus haut sommet de l’État pour camoufler la vérité sur les crimes perpétrés par l’armée française pendant la guerre d’Algérie. Et toute une génération d’appelés a été marquée à vie, murée dans le silence et la honte.

Des deux côtés de la Méditerranée, les mémoires algérienne et française resteront hantées par les horreurs qui ont marqué cette guerre, tant que la vérité n’aura pas été dite et reconnue, comme le relevait déjà l’Appel des douze grands témoins contre la torture, publié en octobre 2000 dans L’Humanité. Il est aujourd’hui grand temps d’apaiser cette mémoire pour aller de l’avant.

En 1999, l’État français reconnaissait officiellement la « guerre » d’Algérie, qui ne fut ni de simples « événements », ni des « opérations de maintien de l’ordre », mais bien « une sale guerre », dont les plaies peinent encore à cicatriser. En 2014, le président de la République, François Hollande, reconnaissait que la thèse de l’évasion de Maurice Audin était un mensonge d’État et qu’il était bien mort au cours de sa détention.

Monsieur le président de la République, vous avez promis « des actes forts sur cette période de l’histoire ». La reconnaissance des sévices subis par Maurice Audin, puis de son assassinat par l’armée française serait cet acte fort. Le moment est venu. Pour sa famille d’abord, qui l’attend depuis plus de soixante ans, mais aussi pour les milliers d’Algériens « disparus » comme Maurice Audin de l’autre côté de la Méditerranée.

Il y a quelques semaines, l’« affaire Audin » est réapparue dans le débat public.

Un espoir s’est levé qui ne doit pas être déçu.

Signataires :

Karim Amellal Écrivain et enseignant à Sciences-Po Pouria Amirshahi Directeur de Politis Ludivine Bantigny Historienne, maîtresse de conférences à l’université de Rouen Normandie Florence Beaugé Journaliste (ex-le Monde) Alban Bensa Anthropologue, EHESS Esther Benbassa Sénatrice (EELV) de Paris Anissa Bouayed Historienne Patrick Boucheron Historien, professeur au Collège de France Raphaëlle Branche Professeure d’histoire contemporaine à l’université de Rouen, membre du conseil supérieur des Archives Michel Broué Mathématicien, université Paris-Diderot Patrick Chamoiseau Écrivain Vanessa Codaccioni Maîtresse de conférences en science politique à l’Université Paris VIII Catherine Coquery-Vidrovitch Historienne Didier Daeninckx Écrivain Simone de Bollardière Veuve du général Jacques Pâris de Bollardière, opposé à la torture et condamné à deux mois de forteresse Laurence De CockHistorienne Alain Delmas Syndicaliste François Demerliac Documentariste Karima Dirèche Historienne Jérôme Ferrari Écrivain, prix Goncourt 2012 Aurélie Filippetti Ex-ministre de la Culture Nathalie Funes Journaliste à l’Obs François Gèze Président du groupe des éditeurs universitaires du syndicat national de l’édition Alfred Gerson Ancien dirigeant de l’Humanité, militant anticolonialiste, torturé par l’armée française en Algérie Raphaël Glucksmann Directeur de la rédaction du Nouveau Magazine littéraire Robert Guédiguian Cinéaste Régis Hébette Directeur du Théâtre de l’Échangeur Claire Hocquet Avocate de la famille Audin Sébastien Jumel Député PCF de Seine-Maritime Mehdi Lallaoui Réalisateur Narimène Laouadi Journaliste à France 24 Pierre Laurent Secrétaire national du PCF Sébastien Ledoux Historien Patrick Le Hyaric Directeur de l’Humanité, député européen Alban Liechti Militant communiste condamné pour avoir refusé de porter les armes contre le peuple algérien Pierre Mansat Président de l’Association Maurice Audin Frédérique Matonti Politiste, université Paris-I Adlène Meddi Journaliste et écrivain algérien Michel Pigenet Professeur émérite d’histoire contemporaine, université Paris-I, Centre d’histoire sociale du XXe siècle Ernest Pignon-Ernest Plasticien Malika Rahal Historienne à l’Institut d’histoire du temps présent Jean-Luc Raharimanana Écrivain Marie-Françoise Roy Mathématicienne Alain Ruscio Historien Charles Silvestre Journaliste Benjamin Stora Professeur des universités, président du conseil d’orientation du musée de l’Histoire de l’immigration Fabrice Tarrit Coprésident de Survie Danielle Tartakowsky Professeure émérite d’histoire contemporaine, université Paris-VIII Sylvie Thénault Historienne, directrice de recherche au CNRS Françoise Vergès Politologue et historienne Paul Veyne Historien, professeur honoraire au collège de France Cédric Villani Mathématicien, député LREM Michel Vinaver Dramaturge et écrivain français Abdourahman Waberi Écrivain et universitaire.

Publié dans
Tribunes

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