Dossier : Plaider la paix, vendre la guerre

Ventes d’armes françaises : Le grand contournement

Boostée par son VRP zélé Jean-Yves Le Drian, la France exporte à tout-va, notamment au Proche-Orient, vers des régimes liberticides ou impliqués dans des conflits.

En France, la vente d’armes à l’étranger est interdite. Selon le code de la Défense, l’exportation de matériels de guerre est prohibée, sauf autorisation spéciale. Mais, ces dernières années, la liste des exceptions accordées aux industriels s’est tant allongée que la France est désormais le troisième exportateur mondial d’armement, selon le dernier rapport du Stockholm International Peace Research Institute (Sipri).

« Il y a eu un bond sans précédent des exportations sous le mandat de François Hollande », note Aymeric Elluin. Pour le responsable de plaidoyer « armes et justice internationale » à Amnesty International, l’arrivée de Jean-Yves Le Drian au ministère de la Défense marque un tournant. « Il y a alors une véritable volonté politique de faire décoller les exportations de l’industrie d’armement française. » Rares sont les déplacements du ministre à l’étranger qui n’aboutissent pas à la signature de juteux contrats pour les industriels, lesquels portent le ministre aux nues. Jusqu’à Serge Dassault, sénateur de droite à la tête d’une des plus grandes entreprises françaises d’armement, décédé le 28 mai, qui qualifiait en janvier 2016 Le Drian de « meilleur ministre de la Défense qu’on ait jamais eu » (1). Et pour cause, quelques mois plus tôt, les premières commandes de son avion de combat, le Rafale, ont été conclues avec l’Égypte. Suivront le Qatar, l’Inde, etc. Entre 2013 et 2017, les ventes d’armes dans le monde ont augmenté de 10 %, selon le Sipri. Les exportations françaises, elles, ont crû de 27 %. Pour l’exécutif, c’est un succès. « Notre équipe […] a créé des dizaines de milliers d’emplois en France et continue en même temps à garantir l’autonomie stratégique et l’indépendance de notre pays », se félicitait Jean-Yves Le Drian début 2017.

© Politis

Avec un chiffre d’affaires annuel de 15 milliards d’euros, l’industrie d’armement représente plus de 200 000 emplois en France, selon les statistiques du ministère de la Défense. Dans un secteur qui ne connaît pas la crise, l’emploi est le premier argument avancé par le gouvernement pour justifier sa politique d’exportation. Mais, au-delà de cet aspect, il s’agit surtout de compenser les coûts de développement d’armes toujours plus sophistiquées. « Pour avoir une armée à la pointe des nouvelles technologies, approvisionnée pour l’essentiel par l’industrie française, et ainsi conserver une autonomie nationale, il faut trouver aux entreprises des débouchés à l’étranger leur permettant de compenser les coûts de production », explique Tony Fortin, de l’Observatoire des armements. Une pression à l’exportation d’autant plus importante que le marché est de plus en plus concurrentiel, souligne le chercheur : « Les industries d’armement ne sont plus concentrées dans les pays occidentaux. De nouveaux acteurs ont émergé, comme la Chine ou la Turquie. Il y a aujourd’hui une compétition beaucoup plus forte. Et la France ne veut surtout pas perdre son avance en la matière. » Question d’autonomie, mais aussi d’influence internationale. Car, pour l’exécutif, les contrats d’armement sont aussi un levier diplomatique.

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