Feu vert et controverse sur l’extension d’Heathrow

Les élus du Parlement britannique ont adopté le très contesté projet d’agrandissement de l’aéroport de Londres-Heathrow.

Daryl Ramadier  • 26 juin 2018
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Feu vert et controverse sur l’extension d’Heathrow
© PHOTO : LEON NEAL/AFP/GETTY

Le scrutin a finalement été moins serré que prévu. Hier soir, à environ 22 heures, les députés de la House of Commons – chambre basse du Parlement du Royaume-Uni – ont approuvé la construction d’une troisième piste à l’aéroport londonien d’Heathrow. Le projet a été adopté à une très large majorité, par 415 voix contre 119. Une victoire pour le Parti conservateur, qui avait imposé à ses représentants de voter « oui » (three-line whip). Tous ne l’ont pas fait, à l’image de Justine Greening, ancienne ministre des Femmes et des Égalités, mais aussi de Greg Hands, qui a démissionné du poste de secrétaire d’État au Commerce international pour marquer son désaccord avec le gouvernement sur ce dossier.

Le Parti travailliste, qui avait donné un free vote à ses membres, ne s’est pas accordé sur la question. L’influence du syndicat Unite et la promesse de plus de 100 000 nouveaux emplois ont joué en faveur des conservateurs, rejoints par un certain nombre d’élus du Labour. L’abstention de députés du SNP (Parti national écossais) et la farouche opposition des personnes sensibles aux questions écologiques n’ont pas été suffisantes.

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« Il aura fallu 50 ans pour aboutir à ce vote historique, qui représente la plus importante décision en termes de transport de cette génération », s’était félicité Christopher Grayling avant le vote. Le secrétaire d’État aux Transports a donné des garanties à la Chambre des communes : _« Pas de taxes pour les contribuables » ; « un boost massif pour l’économie du pays » ; « des bénéfices pour l’ensemble du Royaume-Uni » et « l’intégration de la protection de l’environnement ».

« Le vote va séparer ceux qui prennent au sérieux la question de la justice climatique de ceux qui ne le font pas », a regretté Caroline Lucas, co-leader du Green Party. « En aucun cas une troisième piste ne peut aller de pair avec les objectifs britanniques sur la pollution de l’air », plaide Matthew Pennycook, du Labour. Le Climate Change Act prévoit la réduction de 80 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Or cette troisième piste va entraîner plusieurs millions de (nouvelles) tonnes de rejets de CO2, plus les activités annexes à l’aéroport. La zone d’Heathrow est constamment décriée pour son taux de pollution très élevé.

Une absence remarquée

Les débats au Parlement ont duré plus de quatre heures. Comme prévu, les échanges ont été virulents entre les soutiens à l’extension (connectivité régionale, compétitivité internationale, création d’emplois…) et leurs opposants (écologie, nuisances sonores, fausses promesses économiques…). Tous les députés n’étaient pas présents mais une absence, celle de Boris Johnson, a particulièrement attiré l’attention. « Où est Boris ? », se moquait-on dans les allées de la House of Commons.

Le secrétaire d’État aux Affaires étrangères avait promis à ses électeurs locaux de s’allonger « devant les bulldozers pour stopper la construction de cette troisième piste ». Or, il n’était pas au Parlement hier en raison d’un déplacement – longtemps resté secret – en Afghanistan. Ce qui passe pour un manque de courage, d’autant plus que son collègue Greg Hands est lui rentré pour voter après avoir quitté le gouvernement. « Ma démission n’aurait absolument rien changé », argue Boris Johnson, qui assure qu’il continuera à lutter contre Heathrow de l’intérieur. « Il s’est montré totalement dépourvu de courage, de force, de principes, a réagi Emily Thornberry, députée travailliste et membre du cabinet fantôme Corbyn. Plus jamais il ne devrait oser dire que Winston Churchill est son modèle. »

Le processus prévoit maintenant la construction de la piste à l’horizon 2025. Mais le combat est loin d’être perdu pour les opposants à Heathrow. Les riverains comptent aller en justice pour défendre leurs habitations – près de 800 doivent être détruites pour la construction de l’aéroport. La mairie de Londres et les avocats de ClientEarth promettent aussi de se rendre devant les juges. De même que John Sauvin, directeur de Greenpeace au Royaume-Uni, qui prévient que « si nos ministres ne veulent pas faire respecter les lois qui doivent nous protéger du changement climatique et des fumées toxiques, nous demanderons à un tribunal de s’en charger ».

Monde
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