Franck Courtès : Quand j’étais photographe…

Dans un récit sonnant comme une confession, Franck Courtès raconte son métier de reporter pour la presse, avant d’en être blessé et de tout lâcher.

Un hameau perché sur les collines de la Marne, dans les entrailles de la Brie champenoise, cette terre d’élevage et de bois, au relief contrarié, d’un vallon l’autre, refusant la morne plaine. En contrebas du hameau déserté coule une rivière. On y pêche des truites, tombe aisément sur un raton laveur en transe devant les chasseurs.

Dans une ancienne ferme du XVIIIe siècle, modeste, ne payant guère de mine, une vaste cuisine s’ouvre sur un salon. Seule la chaleur d’un poêle permet de gagner quelques degrés aux trois chambres à l’étage. Au-dessus encore, une mezzanine est encombrée de cartons. Des dizaines de cartons. À l’intérieur, parfaitement classés par dates, des milliers de négatifs et de planches-contacts, qui résistent à l’humidité des ciels bas et lourds. Franck Courtès a entassé là vingt-six ans de photographie. Voilà un lustre, il a retiré l’échelle de cette mezzanine. Il n’y monte plus.

Trait tiré sur quatre ou cinq mille portraits, sur des prises de vues à travers le monde, des cosmogonies d’ailleurs, des reportages sur le trafic de drogue place Stalingrad, à Paris, les gîtes ruraux, les pères qui se découvrent homosexuels sur le tard, les mineurs de Forbach, un détenu condamné à mourir du sida dans une geôle tunisienne. Reviennent en mémoire de pleins paquets de visages, des pots en masse de trognes sonnant comme des fantômes. « J’étais photographe, écrit aujourd’hui Franck Courtès dans un livre confession, La Dernière Photo. J’ai été extrêmement photographe, passionnément photographe, hanté par la photographie. »

Dans la brinquebale des Leica, Pentax, Rolleiflex et autre Hasselblad, maintenant confinés, encartonnés sur une mezzanine oubliée, se bousculent Jacques Demy, Patrick Modiano, Jacques Monory, Agnès Varda, Jean Echenoz, Pierre Bérégovoy, Richard Widmark, Roy Thinnes (incarnant le fameux David Vincent, dans le feuilleton Les Envahisseurs), les Daft Punk, Patti Smith, Nanni Moretti, stars du grand écran et du rock alternatif, sportifs…

Photographe de presse, attaché au graphisme de ses cadrages, croqueur de surfaces, Franck Courtès a exercé pour différents titres. Libération principalement, Les Inrockuptibles, Télérama, L’Équipe, Lire et Le Monde, des journaux aussi éloignés que La Truffe, Air France Magazine, Yaourt, et encore Technikart. Il a tout lâché, tout arrêté. Quasi du jour au lendemain en 2012, dans un esprit qui ne lui permet pas même aujourd’hui de se rappeler quelle a été sa dernière photo – sinon celle d’un footeux à la retraite, en Italie. Mais quid de son visage ? C’est cet itinéraire que raconte ce remarquable récit porté par une écriture à la fois sensible et au scalpel froid, qui se veut aussi une réflexion sur le métier de photographe de presse, sans tomber dans les travers du c’était mieux avant.

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