Ils ont débarqué à Paris pour faire entendre la voix du Nord

Le PCF des Hauts-de-France organisait samedi un grand pique-nique solidaire et revendicatif dans un parc public parisien, tandis que ses cinq parlementaires remettaient un « Manifeste » à Édouard Philippe à Matignon.

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À notre tour de marcher sur l’Élysée. » C’est le slogan choisi par le PCF pour l’événement qu’il organisait samedi à Paris. Malgré un soleil voilé, le déplacement de l’événement du Champ-de-Mars au Parc André-Citroën dans le XVe arrondissement, et un nombre de militants en deçà des prévisions, le rassemblement se voulait festif et populaire. Ce rendez-vous avait été soigneusement préparé et cela « avant même de connaître l’ampleur des mouvements sociaux», souligne Fabien Roussel. La veille encore, le député de la XXe circonscription du Nord et ses quatre collègues parlementaires étaient sur tous les fronts.

Depuis février, ils ont entamé un tour de leur région, afin d’échanger avec ses habitants et travailleurs. La hausse des cadences et des charges tout comme la stagnation des salaires sont au cœur des échanges. « Ils sont poussés à bout », souligne le député_. Pour les retraités, c’est la hausse de la CSG qui ne passe pas. Le rassemblement vise donc avant tout à faire valoir les questions qui préoccupent les gens au quotidien, explique-t-il. En priorité, celles relatives au niveau de vie et à la santé, dans une région où l’espérance de vie reste la plus faible de France et où la pauvreté et le chômage, qui s’élève à environ 15 %, sévissent durement. Dix propositions nationales et régionales les résument dont la hausse du Smic à 1 900 euros brut, le rétablissement de la demi-part pour les veuves, la baisse de la CSG pour les retraités, la création d’un troisième CHU dans le bassin minier… Des demandes conséquentes jugées nécessaires pour une « situation d’urgence »._

« Pour la dignité des habitants des Hauts-de-France »

Quand on lui demande les raisons de cette initiative, il répond que lui et ses camarades parlementaires ont très vite pris conscience de l’ampleur des dégâts, pour leur région et le pays, des réformes votées à la chaîne par le gouvernement Macron. Le but est donc, grâce à cette mobilisation des militants et de la région, de faire pression et de « préserver ce qui existe tout en présentant aussi un plan exceptionnel pour la région ».

Les arrivées en bus se font par vagues et les militants sont accueillis par quelques camarades parisiens autour d’une buvette, près de la petite scène dressée. Il est 11 heures lorsqu’Éric Bocquet, Alain Bruneel, Michelle Gréaume, Fabien Roussel et Dominique Watrin prennent la parole. S’ils remercient la mairie de Paris et le Premier ministre de leur faire l’honneur de les recevoir, ils se disent déterminés à faire valoir la voix du Nord, plaider « la dignité des habitants des Hauts-de-France ». Très vite ils prennent d’ailleurs la direction de Matignon, et c’est Ian Brossat, adjoint PCF à la Mairie de Paris, récemment désigné chef de file pour les européennes par le conseil national du parti, qui s’adresse aux militants. « La marque de fabrique du gouvernement n’est que le mépris », affirme-t-il sous un ciel menaçant. Dans cette assemblée, la colère gronde contre la politique gouvernementale.

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Les luttes s'exposent dans la convivialité

Ces convives d’un jour sont venus des quatre coins des Hauts-de-France. Pour Jean, militant depuis 1970 à Aulnoy-Aymeries (Avesnois) c’est « une région qui a beaucoup donné au pays et on se sent aujourd’hui abandonnés dans de nombreux domaines ». Cédric, jeune militant qui a rejoint le parti il y a trois ans, témoigne de l’inquiétude de sa famille politique face à la montée du Front national dans « d’anciens bastions communistes et de gauche », un vote qui exprime la « colère noire » des gens.

Si le ton est conscient et grave, l’air et l’ambiance sont aux festivités. Un orchestre déambule au milieu de la foule, des enfants sont maquillés, on pique-nique un peu partout et des chiliennes sont dispersées sur le parvis. Sur scène, on alterne entre pauses musicales et témoignages de différents militants aux revendications différentes (personnel hospitalier, cheminots, étudiante, directeur d’un centre social…). En effet, les luttes, parfois ultra-localisées, convergent. Et c’est là, tout l’objectif du rassemblement.

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Le PCF en quête d'un nouvel élan

Il est 13h30. C’est l’heure pour les parlementaires de retour de Matignon de prendre la parole. S’ils annoncent que le diagnostic de l’exécutif sur les besoins du pays est le même que le leur, les mesures divergent. Le Premier ministre l’a fait savoir : la hausse du Smic, la baisse de la CSG que son gouvernement a augmentée, ne sont « pas à l’ordre du jour ». Ce qui n’a rien de surprenant. Tour à tour, ils s’expriment.

L’évasion fiscale est mise au ban et érigée en ennemie. Éric Bocquet fustige : si aujourd’hui l’État est endetté, la guerre ne doit pas être menée contre le système de protection sociale mais contre les 80 milliards euros d’évasion fiscale. Dominique Watrin, sénateur du Pas-Calais, dénonce les réformes à venir notamment celle constitutionnelle : « Est ce que c’est ça la démocratie ?! le pluralisme ? » Il évoque également un point non présent dans le Manifeste, mais rapporté au Premier ministre : la grève réprimée des mineurs de 1948. Le parti s’est, dit-il, engagé à rendre justice aux mineurs passés par la case prison pour une grève votée démocratiquement à 90 %.

Tous appellent désormais à ne rien lâcher : cette mobilisation se veut le point de départ d’un nouvel élan pour le PCF. Fabien Roussel lance alors : « Ils sont 1 %, nous sommes des millions ». Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et sénateur de Paris depuis 2012, jusque-là mêlé à la foule, prend la parole. Il avait retardé son intervention qui, comme un dernier appel, invite à la mobilisation sur la durée « pour ne pas se laisser faire ». « La gauche est bien malade » constate-t-il. Il dit vouloir un PCF fort, dynamique et uni. C’est le moment attendu des militants. Il signe la fin de la Marche sur l’Élysée, sous les acclamations et poings levés, « L’Internationale » en fond.

Mais l’enjeu reste de taille pour le Parti communiste français. La demande d’union des syndicats par Pierre Laurent rappelle les divisions qui existent au sein de la gauche française mais aussi au sein du parti, qui est loin d'incarner la branche majoritaire de la gauche. Face aux enjeux nationaux, aux prochaines élections européennes, son avenir reste en suspens. Tout comme celui de la région des Hauts-de-France dont il était question samedi.


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