Dossier : L'héritage toxique : Enquête sur la dépollution industrielle

La pollution des sols en accusation

Ignorée jusque dans les années 1980, la pollution des sites laissés par l’activité industrielle fait l’objet d’une prise de conscience progressive, qui explose à la lumière de quelques scandales.

Devant l’usine verte à Montreuil, le 10 juin, les enfants affichaient des têtes de mort.

À la « fête du trichlo » à Romainville, le 1er juin, ils faisaient la quête dans de petits cercueils : « Un don pour le cancer ? » Plusieurs cas de leucémies rares à Montreuil, dans le quartier de la Snem, entreprise spécialisée dans le traitement de pièces métalliques destinées à l’aéronautique (1). Plus de vingt cancers à Romainville dans le périmètre de l’ancien site de l’usine Wipelec. Chrome VI à Montreuil. Trichloréthylène (TCE) à Romainville. Sur quelle surface et jusqu’à quelle profondeur la pollution s’étend-elle sous ces deux villes de Seine-Saint-Denis fortement marquées par leur passé industriel ?

Une étude épidémiologique est menée depuis 2016 par l’agence régionale de santé (ARS) à Romainville. Une « opération sentinelle » a été lancée à Montreuil, où les riverains enquêtent sur l’état de santé des voisins immédiats de l’usine, les salariés étant théoriquement dépistés par la médecine du travail. Sauf que la Snem est au bord de la liquidation judiciaire. Qui va assumer la sécurisation du site et la dépollution ? À Romainville, les travaux sont presque achevés. Mais la pollution a grimpé dans les maisons avoisinantes : apparemment, remuer la terre a favorisé le dégazage des polluants présents dans les sols.

Héritage industriel

Sur plusieurs sites, des chantiers et des opérations d’aménagement révèlent des pollutions contenues dans le milieu souterrain et qui se répandent dans l’air et l’eau. Ignorées, méconnues, elles font cruellement remonter à la surface le passé industriel de la France, qui voit aujourd’hui disparaître ses usines. En zones urbaines, la pression est énorme pour convertir des friches à l’abandon et construire des logements, des écoles ou des hôpitaux sans favoriser l’étalement urbain. Aussi, les villes confient à des promoteurs des travaux soumis aux nouvelles normes environnementales. La loi Alur (2014) leur impose des diagnostics sur l’état des sols et les risques naturels et miniers, mais qui contrôle ? À Vincennes (Val-de-Marne) la -réhabilitation d’une aile du collège Saint-Exupéry, qui date de la fin du XIXe siècle, a mis en évidence une pollution insoupçonnée.

Montreuil, Romainville, Vincennes : trois exemples d’un combat qui émerge sur le thème des sols pollués et qui est porté en justice par des habitants, des parents d’élèves et d’anciens salariés. Ces trois affaires sont défendues par des cabinets d’avocats parmi les plus en pointe sur la santé environnementale (François Lafforgue à Montreuil, Marie-Odile Bertella-Geffroy à Romainville et Corinne Lepage à Vincennes). À Vincennes, commune marquée par l’affaire Kodak et ses cancers pédiatriques en 1999, les autorités ont été assez promptes à réagir. Vingt ans plus tard, l’histoire se répète.

Écoles touchées

« Votre école est-elle toxique ? », alertait l’association écologiste Robin des bois dans une enquête choc, publiée le 18 septembre 2017. Depuis 2012, le ministère de l’Écologie a lancé une campagne « pour mieux connaître l’empreinte des activités industrielles et commerciales des XIXe et XXe siècles sur les bâtiments accueillant des enfants et des adolescents ». Ces données étaient accessibles sans avoir été réellement rendues publiques. Sauf que les résultats sont restés « relativement confidentiels ». Robin des bois les a compilés. Et la campagne aurait été interrompue. Aussi, la carte des sites sensibles est peut-être incomplète, des sites présentés comme non contaminés n’ayant tout simplement pas été diagnostiqués. Il n’empêche, explique Robin des bois : « L’enfance n’est pas la seule victime potentielle du passé. Les enseignants, les auxiliaires de scolarité, les employés de gardiennage, de maintenance et d’encadrement hébergés dans des logements de fonction sont aussi exposés. » Sans compter les riverains.

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