Le bœuf, hormone de croissance

La Chine rouvre son marché au bœuf français, accentuant ainsi deux maux qui nous menacent pourtant directement : le productivisme et le libre-échangisme.

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Déjà importatrice de viande bovine à hauteur de 1,5 million de tonnes par an, la Chine rouvre son marché au bœuf français (à hauteur, pour le moment, de 30 000 tonnes), après l’embargo décrété à la suite de l’épidémie de la vache folle en 2001. À Paris ou à Pékin, c’est donc l’aveuglement croissanciste qui persiste.

Organisant une part de l’économie mondiale vers la satisfaction de ses « besoins » intérieurs, l’empire du Milieu accentue ainsi, avec la complicité de tous, les deux maux qui nous menacent pourtant directement : le productivisme et le libre-échangisme. Le premier épuise nos ressources et soumet les hommes et les femmes à des conditions d’intensification du travail mal rémunéré ; le second inonde nos sociétés de produits en tous genres, accentue le consumérisme et aggrave la pollution du fait de l’extension des flux d’échanges de marchandises.

Dans le domaine agricole et alimentaire, la chose est encore plus grave pour des raisons sanitaires, écologiques et de maltraitance animale. L’accaparement – jusqu’à l’épuisement – des terres et de l’eau disponibles pour élever du bétail atteint partout un seuil critique, quand il ne l’a pas déjà dépassé. Ce modèle dit économique sur lequel s’alignent désormais toutes les autres économies est, rappelons-le, mortifère.

Croyant trouver en Xi Jinping l’interlocuteur commercial qui manque aux Européens depuis l’arrivée de Trump aux commandes des États-Unis, la France ne se contente pas de crier cocorico quand elle envoie ses pauvres vaches à l’abattoir chinois, elle s’entête dans un modèle absurde et même schizophrène, car fondamentalement contraire à l’Accord de Paris sur le climat. 

Rien d’étonnant, certes, quand on se souvient avec quelle vigueur Emmanuel Macron s’en était pris directement à Trump lors du G7 canadien, non pas pour s’inquiéter de ses outrances et dérives, mais pour lui reprocher son protectionnisme. Morale de l’histoire : les ennemis de nos ennemis ne sont pas nos amis. 

Car c’est un fait que les dirigeants européens restent accrochés au dogme dangereux du commerce mondial « sans entrave » qui, pourtant, par la concurrence ahurissante qu’il implique, fait baisser les standards sociaux et aggrave les effets de la pression anthropique sur la nature. Ce que, précisément, il nous faut combattre. Le Ceta (accord de libre-échange entre l’UE et le Canada) viendra rappeler les termes de cet enjeu très vite.


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