Pascale Martineau : Femme de scène, voix des révoltes
Pascale Martineau, auteure et interprète de la pièce tragi-comique Anna, explore l’enfermement et la liberté. Intransigeante.
dans l’hebdo N° 1506 Acheter ce numéro

Une gamine franchement perturbée envahit l’espace de la scène. Elle gesticule, cherche sa place. Et se remémore. Alors qu’elle avait 9 ans, son père l’a conduite ici, dans une espèce d’institut psychiatrique qu’Anna croit être une école, certes un peu spéciale, mais une école malgré tout. Elle espère bien y retrouver sa sœur Lisa, et tombe nez à nez sur un médecin. Elle est folle, qu’a dit son père en la déposant comme un colis. Elle ne l’a plus revu. Ça fait toujours un père de moins. Fébrile, fragile, un brin agitée du bocal, chialeuse aussi, pour sûr, elle n’est pas seule dans sa tête, tournant comme un sèche-salade, qui vient, va, repart, accoste. Elle doit alors se débrouiller seule, faire face, affronter, contourner les règles pour exister, et grandir, mûrir dans les mailles de l’interdiction, s’affranchir, cogitant ferme. Les années passent, l’institut demeure, l’enfermement avec, jusqu’au moment de fuir, de s’évader dans un rêve fou, la caboche ébouriffée, emportée par le flot de ses paroles, avec sa logique en vrac, fabriquant du faux avec du vrai, voire inversement. Anna songe sans doute à une grande maison, avec des tas de fenêtres, avec presque pas de murs et qu’il fera bon y être. Et que si c’est pas vrai, c’est quand même peut-être.
Pièce tragi-comique, violente, vociférante, tirant davantage vers le tragique farouche, Anna décline un regard qui ne s’arrête pas à ce qu’il voit, mais traque les couleurs et la lumière pour supporter le poids de l’existence. Une pièce qui tient et repose sur le verbe, en un soliloque ahuri, sur une parole qui n’est pas celle du réel mais une hallucination
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