Que sont les colos devenues ?

Les colonies de vacances sont de plus en plus assimilées à des offres touristiques classiques. Mais une partie du secteur résiste et met en avant son offre alternative, tournée vers la mixité.

L a directive Travel acte politiquement le fait que, pour un grand nombre de personnes, les colonies de vacances sont devenues du tourisme », analyse Jean-Michel Bocquet, chercheur en sciences de l’éducation au Centre interdisciplinaire de recherche normand en éducation et formation (Cirnef). Adoptée en 2015 par le Parlement européen, cette directive (n° 2015/2302) vise à assurer tout client d’une prestation touristique de son remboursement si l’activité en question n’a pas lieu. Problème : cette règle devait également s’appliquer, dès le 1er juillet 2018, aux colonies de vacances, soumises aux obligations du code du tourisme. Heureusement, après s’être mobilisés, les accueils collectifs qui hébergent enfants et adolescents se sont vu exclure du champ d’application du texte, à condition d’être détenteurs de l’agrément « jeunesse et éducation populaire ».

« L’évolution des colonies de vacances a brouillé leur frontière avec le tourisme, précise Jean-Michel Bocquet dans l’article qu’il a cosigné avec son collègue du Cirnef Cyril Dheilly (1). Les liens entre les deux ont toujours été ténus. […] Mais, ce qui les distingue, c’est la finalité et le public concerné. » Le tourisme pour les classes sociales les plus aisées, les colonies pour les plus modestes, avec une dimension relevant de la politique publique de par l’apprentissage du vivre-ensemble. Or, depuis les années 1990, les offres de colonies ciblent de plus en plus les familles favorisées. On a vu disparaître les séjours longs et généralistes au profit d’équipées de quelques jours sur une thématique ou une activité : « cinéma », « équitation » ou même « journalisme ».

« D’un objet éducatif, l’activité est devenue un objet de vente », explique Jean-Michel Bocquet. De la thématique du séjour, argument marketing, découle la segmentation des publics ciblés. Et, comme le souligne le géographe Yves Raibaud dans un article, « la colonie n’est plus un lieu de brassage social (2) ». C’est aussi un peu la fin de la mixité : aux filles l’option équitation, aux garçons les virées VTT. Même distinction entre les milieux socio-économiques. « On a peu de chances de voir des enfants d’ouvriers participer à des colonies thématiques sur la musique classique, relève Yves Raibaud. Tandis que, du côté des quartiers populaires, les pouvoirs locaux se concentrent sur des séjours courts avec des activités comme le foot ou le hip-hop, qui excluent les filles. »

En outre, les activités spécifiques ont un coût plus élevé, ce qui en barre l’accès à nombre d’enfants : les prix vont de 500 à 1 500 euros la semaine. Et ces différences économiques sont accentuées par les organismes, qui gèrent les séjours comme des produits touristiques. Par conséquent, « c’est auprès des familles aisées qu’ils font du bénéfice, observe Jean-Michel Bocquet. On a donc créé des colonies “luxueuses”, avec des prestations de plus en plus haut de gamme. » Fini les images de films comme Nos jours heureux (Éric Toledano et Olivier Nakache, 2006), place au business.

Il reste 67% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents