Dossier : Coupe du monde : Poutine, le foot allié

Russie : « Le sport comme vecteur patriotique »

Pour Lukas Aubin, spécialiste du sport en Russie, cette Coupe du monde est un enjeu à la fois diplomatique et intérieur pour Vladimir Poutine.

Lukas Aubin, chercheur en géopolitique à l’université de Nanterre, vit à Moscou. Il rédige actuellement une thèse intitulée : « Gouverner par le sport en Russie ? Étude d’une stratégie de soft-power (2000-2018). »

Comment les autorités russes abordent-elles ce Mondial de foot 2018 ?

Lukas Aubin : Pour l’instant, on observe un optimisme de façade. Selon Vladimir Poutine, la Coupe du monde 2018 sera la mieux organisée et la plus sécurisée de l’histoire. L’idée est bien entendu de présenter au monde une vitrine – une sorte de village Potemkine – positive de la Russie. Néanmoins, le gouvernement russe doit composer avec des problématiques qui existaient déjà du temps des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi [2014], à savoir la critique frontale de la part de la plupart des dirigeants et des médias de masse occidentaux. L’enjeu de cette Coupe du monde va donc être de faire en sorte que l’événement se déroule bien pour gagner la bataille de l’opinion publique.

Les Russes sont-ils prêts ? La plupart des nouveaux stades, répartis dans onze villes, ont été construits à la vitesse grand V, avec des complications pour certains.

Force est de constater que tous les stades sont prêts malgré quelques retards. Le prix à payer a souvent été la surexploitation des ouvriers pour répondre aux exigences du calendrier. L’État russe a fait appel à quelques milliers d’ouvriers nord-coréens réputés pour être une main-d’œuvre peu chère et aux droits sociaux quasi inexistants. Rappelons que, lorsque la Russie a obtenu en 2010 d’organiser la Coupe du monde, le pays faisait face à deux problèmes majeurs : le déficit des infrastructures de transport et le manque de stades. Il a donc fallu tout construire ou rénover en l’espace de huit ans, le tout pour environ 12 milliards de dollars.

De nombreux dirigeants internationaux ont boudé les JO d’hiver de Sotchi en 2014, pour contester la politique menée par la Russie, notamment en Ukraine. Seront-ils présents cette fois-ci ?

Après l’affaire Skripal, plusieurs pays envisagent le boycott diplomatique de la Coupe : le Royaume-Uni, la Pologne, l’Islande et la Suède. En revanche, les représentants diplomatiques de la France et de l’Allemagne, absents à Sotchi, devraient être présents cette fois-ci, malgré le contexte géopolitique tendu de ces dernières années. On peut y voir une volonté de la part des deux leaders de l’Union européenne de renouer le dialogue avec Vladimir Poutine.

La Russie soigne son image de nation sportive. À quand cela remonte-t-il ?

Historiquement, la Russie utilise le sport à des fins politiques depuis la révolution de 1917. Sous Lénine, le sport était utilisé comme un moyen d’hygiéniser la population soviétique. Puis Staline a décidé de faire participer l’URSS aux compétitions sportives internationales jusqu’alors jugées « bourgeoises », pour prouver la supériorité du modèle communiste. Après l’effondrement de l’URSS, le modèle sportif soviétique qui devait produire un homme nouveau – l’homo sovieticus – a périclité. Durant les années 1990, 7 000 athlètes et 3 500 entraîneurs ont quitté le pays, faute de structures sportives fiables. C’est ce qu’on appelle la « fuite des cerveaux et des muscles ».

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