Dossier : Coupe du monde : Poutine, le foot allié

La Coupe du monde, une longue histoire politique

Événement planétaire, la Coupe du monde de football masque à peine les enjeux géopolitiques du moment. Petite revue d’éditions passées, où la grand-messe du ballon rond faisait écho à l’état du monde.

On connaît les Jeux olympiques de Berlin en 1936, on connaît moins la Coupe du monde de football de 1934 en Italie, qui n’a, il est vrai, laissé aucune trace cinématographique. On peut pourtant dire que Mussolini a devancé Hitler de deux années dans l’exploitation d’un événement sportif à des fins de propagande. Pour la deuxième Coupe du monde de l’histoire, tout avait été organisé pour ne pas contrarier le dictateur. Le parcours du pays hôte avait été savamment balisé pour qu’il parvienne en finale dans une compétition qui opposa seize équipes, du 27 mai au 10 juin, dans huit villes italiennes. Les historiens du football en ont retenu l’extrême violence du match Italie-Espagne, en quarts de finale, et la complaisance de l’arbitre belge, Louis Baert, dont le journaliste italien Gianni Brera dira plus tard avec ironie qu’il s’est comporté « en étant bien au courant dans quel pays le match se déroulait… ». À la veille de la finale contre la Tchécoslovaquie, Mussolini se fit menaçant pour ses joueurs : « Si les Tchèques jouent sale, nous, les Italiens, devons jouer plus sale. » Et, comme prévu, le Duce put remettre la coupe au capitaine de la Squadra Azzurra… dans le Stadio del Partito nazionale fascista, à Rome.

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Une coupe bien pleine

Quarante-quatre ans plus tard, en 1978, une autre dictature sanglante tira profit de « son » Mondial. La coupe argentine était organisée sous la férule de Jorge Rafael Videla, connu pour entretenir un effroyable centre de torture dans les sous-sols de l’École supérieure de mécanique de la Marine et organiser les vols de la mort qui consistaient à précipiter ses opposants dans la mer du haut d’un hélicoptère. En France, les manifestations se multipliaient au cri de « la coupe est pleine, Videla ! ». Maurice Clavel, André Glucksmann et BHL avaient pris la tête de la mobilisation, dont Libération était devenu l’organe central. Mais rien n’y fit. Et sans la moindre vergogne le capitaine de l’Albiceleste, Daniel Passarella, finit par brandir le trophée après un parcours marqué par de nombreux litiges et pénaltys parfois imaginaires. L’équipe d’Argentine venait de cautionner la tragédie historique de tout un peuple. On avait cru un moment que l’absence du grand Johan Cruyff témoignait d’un sursaut de conscience politique. C’était en fait pur hasard : la star du football néerlandais se remettait d’une tentative d’enlèvement… L’équipe d’Argentine avait déjà mauvaise réputation, depuis qu’elle avait défrayé la chronique lors de la World Cup britannique en 1966. Son capitaine, Antonio Rattín, expulsé pour avoir insulté l’arbitre, refusa de sortir et fut raccompagné au vestiaire par les policiers, non sans avoir défié au passage la famille royale. Rattín fit ensuite une carrière politique très à droite.

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