Avignon, zone de troubles

Après un Thyeste dilué dans le bruit et la fureur, Milo Rau et Didier Ruiz ouvrent de précieux espaces de liberté et de partage, fondés sur un rapport très fort au réel.

Une énorme tête de métal renversée, la bouche grande ouverte et le regard vide. Et, plus loin, une main de la même taille, faite de la même matière, qui semble vouloir se traîner jusqu’à elle malgré les cordes qui l’enserrent. L’image est sobre et forte. À la hauteur des attentes immenses que suscitent toujours les scénographies installées dans la cour d’honneur du Palais des papes. En ouverture du Festival d’Avignon, le Thyeste de Thomas Jolly se présentait donc sous de bons augures. Réhabilité dans les années 1990 par la traductrice Florence Dupont, que le metteur en scène a invitée au moment des saluts à rejoindre la scène, le théâtre de Sénèque allait, espérait-on, briller de toute sa cruauté.

Une ribambelle d’enfants arrive en courant. C’est le premier visage de la jeunesse affiché par le festival, qui en plus de la notion de genre se penche cette année sur les nouvelles générations. Et ce visage n’est pas des plus rassurants. Sous des masques blancs, cheveux rouges et noirs, les gosses entament une danse macabre. Soudain, le petit carré d’eau situé au milieu du plateau attire les regards. Bouillonnement. Lumière et musique à fond.

Thomas Jolly ne fait pas mentir sa réputation, déjà bien établie au Festival d’Avignon, où il a présenté en 2014 son intégrale d’Henri VI, puis Le Radeau de la Méduse l’année suivante avec les élèves de l’École supérieure d’art dramatique de Strasbourg. Et, en 2016, le feuilleton quotidien du festival, confié cette année à David Bobée. Largement nourri de culture populaire, Jolly envoie du lourd. Du fantastico-gothique plein de monstres effrayants.

Pourquoi et comment représenter l’insoutenable ?

Réveillé par l’agitation des masques, celui qui émerge de la mare centrale n’a rien à envier à ceux de Shakespeare. Mi-homme, mi-batracien d’un vert étincelant, Tantale (Éric Challier) donne le ton de la pièce. Entre les envolées rap d’Émeline Frémont, qui endosse seule le rôle du chœur, et de multiples effets sons et lumières, la vengeance d’Atrée (Thomas Jolly) contre son frère Thyeste (Damien Avice), à qui il réussit à faire avaler ses propres enfants, perd rapidement de son pouvoir d’épouvante. En cause : le goût de la belle image, qui prend le pas sur tout le reste.

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