Cette Montagne d’or qui mine la Guyane

Le projet d’extraction soutenu par Macron suscite une large opposition dans le territoire. Dangereux pour l’homme, pour la nature, et symbole d’un développement néocolonialiste.

O n a accueilli le monde à bras ouverts et on nous ignore. Mais, cette fois, on ne lâchera pas. » La voix douce, presque fragile, d’Amandine Mawalum Galima contraste avec sa détermination. Le combat qu’évoque la porte-parole du mouvement Jeunesse autochtone de Guyane (JAG) est celui mené contre le projet minier Montagne d’or. À 7 000 kilomètres de Paris, l’avenir de centaines d’hectares de forêt amazonienne est en suspens. L’eurodéputé Yannick Jadot a profité de la consultation organisée par la Commission nationale du débat public, achevée le 7 juillet, pour inviter une délégation amérindienne à se faire entendre en métropole.

La Compagnie minière Montagne d’or (CMMO), co-entreprise associant la russe Nordgold et la canadienne Columbus Gold, porte le plus vaste projet d’extraction français. Une fosse, creusée par des milliers de tonnes d’explosifs, de 2,5 kilomètres de long sur 400 mètres de large, et dont la profondeur devrait dépasser 200 mètres. Sa surface totale (infrastructures comprises) avoisinera les 800 hectares (8 km2), mais la déforestation touchera 1 500 hectares de forêt – dont un tiers de primaire –, à proximité de la réserve biologique intégrale de Lucifer Dékou Dékou, la plus grande du pays. La CMMO a recensé au moins 2 104 espèces végétales et animales sur le site minier, d’où elle compte tirer 85 tonnes d’or en douze ans.

« Les gens continuent à traverser les océans pour venir piller nos terres », lance ­Christophe Yanuwana Pierre, fin juin, sur l’estrade de la salle du Consulat de la Gaîté à Paris. Membre de la JAG, il a fait la tournée des médias et poursuit devant la centaine de personnes présentes ce soir-là. Parmi elles, on reconnaît les acteurs Lambert Wilson et Olivier Rabourdin. Le comédien et ancien syndicaliste Xavier Mathieu est aussi venu dénoncer le « néocolonialisme » qui transpire du projet.

« Viol du droit international »

En Guyane, l’histoire de l’exploitation aurifère et celle de la colonisation s’entrechoquent. La ruée vers l’or a conduit à la disparition de milliers d’autochtones. Ce territoire, « les puissances de l’Europe de l’Ouest s’y sont combattues et se le sont partagé, raconte le Groupe international de travail pour les peuples autochtones. Les sociétés amérindiennes en ont subi les conséquences, par une perte démographique (due à l’introduction de maladies et de l’alcool, aux chasses aux esclaves et aux guerres), puis par la dislocation de leurs réseaux politiques interethniques. »

La perpétuation de ces pratiques est aujourd’hui pointée du doigt. « La France s’indigne parce que Daech fait éclater des statues et brûle des livres, mais on fait la même chose en Amazonie avec nos vestiges », soupire Christophe Yanuwana Pierre, soulignant que la mine détruira des sites ancestraux. Applaudissements nourris dans la salle. Édith Patrouilleau, cofondatrice du Comité de solidarité avec les Indiens des Amériques, parle d’un « génocide culturel. C’est le même combat du nord de l’Alaska à la Terre de Feu ! Décolonisons nos esprits ».

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