Colombie : « Une nouvelle génération politique émerge »

La gauche a réalisé son meilleur score à une présidentielle colombienne. Un acquis à défendre pour la députée María José Pizarro, alors que la droite attaque l’accord de paix avec les Farc. Entretien.

Le 17 juin, Gustavo Petro recueillait près de 42 % des voix au second tour de la présidentielle face au candidat de la droite dure Iván Duque (54 %), qui succède à Juan Manuel Santos (droite). María José Pizarro, qui l’a soutenu, a été élue députée en mars. Elle est la fille de Carlos Pizarro, ancien leader des guérilleros du M19 assassiné en 1990 par les escadrons de la mort d’extrême droite, alors que le mouvement clandestin venait de déposer les armes. 

María José Pizarro s’est investie dans les initiatives de paix et de réconciliation depuis que la politique de « main tendue » de Santos a permis la signature, en novembre 2016, d’un accord de paix avec les Farc, principale guérilla colombienne, actant la fin de décennies de conflit armé. Elle a passé quelques jours en France et en Europe pour y chercher des appuis à l’accord de paix, menacé par Duque, qui veut durcir les conditions de réintégration des anciens guérilleros.

Jamais la gauche colombienne n’avait connu une telle réussite à la présidentielle. Que s’est-il passé avec Gustavo Petro ?

María José Pizarro : C’est un résultat historique, au bout d’une magnifique progression. En six mois, entre la consultation qui l’a désigné comme candidat de la gauche et le second tour de la présidentielle, les intentions de vote en sa faveur ont triplé. Avec plus de 4,8 millions de voix au premier tour, Gustavo Petro a pulvérisé à gauche le précédent record de Carlos Gaviria, 2,6 millions de voix en 2006 (1), puis il a recueilli 8 millions de suffrages au second tour. Cependant, les points de référence font défaut pour la gauche, en raison d’une stratégie de déstabilisation menée par la droite au pouvoir depuis des décennies – mensonges, fraudes, coups d’État, meurtres. Lors de la seule année 1990, trois candidats à la présidentielle ont été assassinés, dont mon père.

En 2018, comme prévu, les barons de la droite se sont rassemblés derrière Iván Duque. Mais à gauche, phénomène nouveau, Gustavo Petro est parvenu à s’imposer comme le leader d’une coalition allant de la gauche au centre-gauche en passant par les Verts. Cette nouvelle force s’est constituée autour de quelques idées majeures : la lutte contre la corruption, la défense de la démocratie et surtout la consolidation de la paix civile. Cette candidature a séduit les syndicats, les jeunes, les mouvements indigènes, afro, de femmes, LGBT, environnementalistes, etc., notamment dans les régions où sévissent la violence et les conflits de terre, où Gustavo Petro recueille ses plus gros résultats.

Comment analysez-vous les raisons de l’ascension de Colombia humana ?

L’échec des partis traditionnels est un facteur important. La population ressent une insatisfaction grandissante, notamment face à la corruption, qui atteint des niveaux insupportables. D’autre part, l’accord de paix a changé la donne. Les jeunes se sont beaucoup mobilisés pour Gustavo Petro, qui défend cet accord. Parallèlement, on constate une montée de l’« anti-uribisme » – le rejet de l’approche intransigeante de l’ex-président Álvaro Uribe (2002-2010) envers les ex-guérilleros, qui domine toujours la droite. On assiste à l’éveil d’une nouvelle génération politique en Colombie. Les jeunes qui s’engagent aujourd’hui ne veulent pas revenir en arrière et rejettent cette droite enfermée dans une vision belliqueuse.

Avec l’accord de paix, la Colombie a connu un recul notable de la violence. Pourtant, ces derniers mois ont été marqués par une recrudescence des assassinats politiques. Que s’est-il passé ?

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