Dossier : Écologie partout, écologistes nulle part

Écologie partout, écologistes nulle part

L’écologie politique a infusé presque toute la gauche. En 2017, elle était au cœur des programmes de Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon. Alors que les « écolos » semblent avoir gagné la bataille des consciences, ils sont de moins en moins audibles politiquement. État des lieux d’un paradoxe.

Certes, à la présidentielle de 2017, Benoît Hamon, candidat d’une alliance PS-Europe Écologie-Les Verts, n’a obtenu que 6,5 % des suffrages.

Était-ce l’impossible inventaire du quinquennat socialiste, le lâchage par le parti à la rose de son candidat, ou encore un vote « utile » pour la France insoumise (par ailleurs acquise à la « planification écologique »)… Chaque commentateur patenté y est allé de son analyse. Les faits parlent pourtant d’eux-mêmes ; l’écologie, en France, a essaimé partout, si bien que la question se pose : désormais au centre des discours, l’écologie politique doit-elle encore exister en tant que parti, ou s’accomoder de son influence culturelle et politique, qui va bien au-delà de son seul score électoral ? Son inscription dans la Constitution française, comme le souhaite Nicolas Hulot, pourrait même sonner comme un triomphe pour la plupart des écologistes de la première heure. Alors comment expliquer que, quel que soit leur bord, ils sont réduits au murmure, celui d’une opposition qui peine à trouver sa place, ou au sein de la majorité, en petit nombre et méprisés par les caciques de la macronie (lire ici) ?

« Fiasco des Verts »

Née avec les Verts, dans les années 1980, la transposition des luttes écologistes dans l’action publique peine à trouver un nouveau souffle. Dans « Qu’est-ce que l’écologie politique », paru en 2010 dans la revue Écologie & Politique, le philosophe et militant écologiste Jean Zin invitait ses acteurs à s’adresser à l’intelligence collective et non à convertir les âmes ; à s’extraire des questions morales et à porter de vrais projets politiques. Huit ans plus tard, il constate avec amertume : « Avec le fiasco des Verts, elle n’a plus sa place à l’échelle nationale. » Un constat que ne partagent pas ses représentants, dont le nombre a considérablement augmenté. Longtemps portées par les Verts et Génération écologie, les réflexions sur le changement climatique, la protection de la biodiversité, le lien entre l’environnement et la santé ont depuis de nouveaux porte-voix. « Les partis politiques traditionnels utilisaient ces formations comme des satellites pour s’éviter d’avoir à développer des programmes écologistes ; dans un sens, le fait qu’ils aient eux-mêmes intégré l’écologie à leurs programmes est une avancée notable », analyse Matthieu Orphelin, député de La République en marche et proche de Nicolas Hulot. Présente dans le programme du Front de gauche en 2012, centrale dans celui de la France insoumise en 2017, l’écologie est désormais le fer de lance du nouveau parti de Benoît Hamon, Génération·s ; présente au PS, dont nombre de maires parlent désormais « vélib » et écologie urbaine ; et même – dans une moindre mesure – inscrite au programme du Parti communiste. Mais face aux logiques productivistes et aux sacro-saints objectifs de croissance, la route de ces partis est longue et semée d’embûches.

« Aux États-Unis, Donald Trump dénonce l’écologie à des fins populistes, il la présente comme une entité qui empêche les Américains d’exercer leur liberté », constate Marie Toussaint, présidente de l’association Notre affaire à tous et déléguée Europe et jeunesse au sein d’EELV. Une façon habile, pour les nationalistes de tout poil – de Donald Trump à Viktor Orbán – de mettre dans le même sac écologie et capitalisme, et d’y opposer un protectionnisme national. Car le changement climatique, l’épuisement des ressources planétaires et la pollution ne reconnaissent ni les États ni leur souveraineté : ils s’imposent à tout être humain, où qu’il soit. Faire de l’écologie politique un oppresseur permet alors de décrédibiliser le combat… et de polluer à volonté. Les quelques règles et accords internationaux en la matière, obtenus au forceps lors des différents sommets, sont pourtant aisément contournables. Sans mesures coercitives, ces accords – tel celui de Paris, à l’issue de la COP 21 – n’astreignent que ceux qui souhaitent s’y tenir. Et l’écologie politique ne s’oppose pas qu’aux populismes nationaux. À l’autre bout de l’échiquier, c’est au libéralisme qu’elle s’attaque : impossible de croître et de produire toujours plus dans un monde aux ressources finies. « Nos dirigeants sont hors-sol, hors de la planète », constate Marie Toussaint. « On ne peut pas utiliser plus que ce que la planète possède », confirme Martine Billard, oratrice nationale de la France insoumise et coanimatrice du livret Planification écologique et règle verte. « Si l’humanité consommait autant de ressources que les Français, il faudrait 3,5 planètes », calcule-t-elle.

« Le nouveau clivage politique, ce n’est plus l’opposition gauche sociale et droite libérale, c’est celui du productivisme », analyse Géraud Guibert, fondateur du pôle écologie du PS et désormais président de la Fabrique écologique, un think-tank transpartisan. Entre croissance effrénée et décroissance souvent perçue comme régressive, les partis écologistes tentent de composer. Reste à convaincre les électeurs. Car les défenseurs de l’écologie sont formels : c’est le rapport de l’humanité tout entière à son environnement qu’il faut revoir. Sans entrer dans la dissertation de philosophie, l’idée s’articule comme suit : l’être humain a d’abord eu besoin de dompter son environnement, de le surpasser ; puis est venu le temps de prendre en compte cette nature et d’essayer d’avoir un impact réduit sur elle. Désormais, c’est une nouvelle période qui s’ouvre. « La planète peut très bien vivre sans l’homme, mais la réciproque n’est pas vraie », rappelle Marie Toussaint à toutes fins utiles. « Ce n’est pas la Terre qui est en danger, c’est la vie qu’elle abrite », abonde Jean-François Debat, qui mène le chantier « écologie » du PS. Charge à l’humanité d’assurer sa survie en préservant son environnement. « Les enquêtes d’opinion montrent qu’il s’agit d’un problème pour la majorité des Français, mais ça n’est pas une priorité », déplore Géraud Guibert. S’ils maîtrisent parfaitement la théorie, les partis politiques à tendance écologiste peinent cependant sur la pratique.

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