Mais qui veut du revenu de base ?

Les présidents PS de treize départements souhaitent expérimenter une fusion de plusieurs aides. L’occasion de relancer le débat sur la pauvreté et de remettre la question à l’agenda politique.

Ils seront donc treize autour de la table. Un quatorzième pourrait bien les rejoindre, mais cela suffira-t-il à rassurer les superstitieux ? Issus des rangs du Parti socialiste, sur lequel semblent planer bien des malédictions, les présidents de treize départements français (1) ont adressé à Édouard Philippe une demande d’expérimentation d’un revenu de base sur leurs territoires. L’idée, qui fut portée par plusieurs candidats de la gauche – dont Benoît Hamon ou, plus surprenant, Manuel Valls dans une version a minima –, continue d’interroger politiques, économistes et philosophes… sans remporter pour autant de grands succès électoraux.

« Nous souhaiterions fusionner le RSA, la prime d’activité et peut-être les allocations logement », détaille André Viola, président du conseil départemental de l’Aude. « Ce n’est ni un revenu de base ni un revenu universel, constate alors Nicole Teke, coordinatrice internationale du Mouvement français pour un revenu de base (MFRB). Ce que veulent les départements se rapproche plus d’un revenu minimum simplifié. » Exit l’universalité, ici : pas question de verser un revenu à tous les habitants des départements. Il s’agit avant tout d’étendre l’accès aux aides sociales aux jeunes de moins de 25 ans, mais aussi de permettre à tous les ayants droit au RSA de le toucher. Un projet d’ores et déjà ambitieux au regard de la situation en France : selon le Comité national d’évaluation du RSA, 36 % de ceux qui y avaient droit en 2017 ne l’ont pas réclamé.

Alors que Bercy s’interroge sur l’application du programme d’Emmanuel Macron et donc sur la mise en place d’un « versement social unique » regroupant toutes les allocations sociales, la demande des élus socialistes pourrait être perçue comme redondante, voire inutile. « Nous sommes farouchement opposés à l’allocation unique, défend Jean-Luc Gleyze, président du conseil départemental de Gironde et l’initiateur de l’expérimentation. Nous ne sommes pas là pour donner un “solde de tout compte social”. »

« À la différence du gouvernement, notre objectif n’est pas de faire des économies », renchérit André Viola, qui rappelle qu’élargir les conditions d’octroi du RSA aux jeunes et aux actifs n’est pas dans les plans de l’exécutif. Selon Le Canard enchaîné, c’est même plutôt l’inverse : une note interne à Bercy afficherait un objectif de réduction de 7 milliards d’euros des dépenses sociales. Selon les résultats des simulations économiques et du questionnaire citoyen menés par les conseils départementaux, et présentés le 6 juin dernier à Bordeaux, l’expérimentation du revenu de base pourrait être réalisée sur un panel de 20 000 personnes durant deux à trois années. Si les critères d’obtention de ces aides sont encore soumis à conditions – faut-il donner un revenu aux jeunes dès 18 ans (à leur majorité légale) ou à 21 ans (majorité fiscale) ? –, le coût de l’expérimentation se situerait entre 2,8 et 7,5 millions d’euros par an. Un petit budget pour l’État, certes. Mais qui s’inscrit à rebours des 7 milliards d’euros d’économies souhaités. « Si nous généralisions cela à tout le territoire national, c’est 3 ou 4 milliards d’euros qu’il faudrait débourser », indique André Viola. Peine perdue. Du moins pour l’instant.

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