Dossier : Aux arbres, citoyens !

Salut vieille branche !

Planté en 1759, le platane du parc Ronsard, à Vendôme, se veut l’un des fleurons de la ville. Itinéraire d’un arbre choyé, entre légendes et réalités.

Q uand on dit aux visiteurs que cet arbre a près de 260 ans, ils poussent un “ah” d’étonnement, un peu interloqués, confie Jean-Claude Pasquier, guide-conférencier et historien. Quand on leur précise que ce platane a été planté sous Louis XV, huitième duc de Vendôme, ils s’exclament de concert : “Ah, oui, tout de même ! Ça remet loin !” » Ça pose et impose aussi : le platane fameux que l’on vient regarder, admirer, mesure plus de 5 mètres de circonférence et culmine à près de 30 mètres de hauteur, bien calé dans les eaux, surplombant fièrement la vieille ville de Vendôme (Loir-et-Cher), déployant majestueusement ses branches. Une plaque indique « arbre planté en 1759 ».

Depuis la rue du Change, au niveau du n° 23, on accède au parc par une passerelle. Sur deux hectares environ, se distinguent des tilleuls, des ifs, un cèdre, tandis qu’un vieux lavoir rappelle que la rivière est partout et combien les battoirs des lavandières animaient l’arrière des maisons. Soit un espace vert bucolique, qui se veut à la fois lieu de vie, de souvenirs, de jeux et de repos. On y prend le frais en période caniculaire, on dispute une partie de boules, on se pose dans l’herbe pour lire ou discuter le bout de gras, on traverse l’espace pour filer à la bibliothèque municipale du coin. Ou, tout simplement, on prend son temps.

Au mitan du XVIIIe siècle, quand l’arbre est planté, le parc ressemble à une petite île, cerné par les bras du Loir, qui circule paisiblement dans toute la ville, découpant les quartiers. Ça a débuté comme ça : Thomas, jardinier des oratoriens, propriétaires des lieux, plante un platane au coin de l’îlot. On ne saura rien de plus sur ce Thomas. Pas de tombe, foin de plaque et d’épitaphe. « La première source authentique sur cette plantation date de 1841, rappelle Jean-Claude Pasquier, avec un article du journal local d’alors, Le Loir, imprimé par un certain Lemercier, premier canard à la portée des Vendômois au-delà des simples feuilles de papier diffusées sous la Révolution française. Le Loir deviendra par la suite Le Carillon, bénéficiant de plus d’audience encore. »

Agrémenté d’un petit bassin en son cœur, le parc a été successivement le jardin de l’Hôtel-Dieu, celui du collège des Oratoriens, puis celui du lycée après la Révolution de 1848. Traversant le jardin, le chemin longeant le lycée et le bras du Loir, sur plus de 80 mètres, a été durant plusieurs décennies « la seule ligne de course de vitesse, s’amuse encore Jean-Claude Pasquier. En dehors de ces échappées belles, le jardin restait le potager personnel du proviseur en place. En dehors de lui, personne n’y mettait les pieds, personne n’osait s’y aventurer, ça restait une propriété privée ». D’un chef d’établissement à l’autre, on s’y rend pour lézarder, piocher sans biner dans les herbes aromatiques. Des générations de jardiniers vont s’employer à bichonner l’espace, à l’ombre du platane grandissant.

Prince des poètes

Au XIXe siècle, le lycée est baptisé « le bahut Balzac », parce que le père de la Comédie humaine y a fait une partie de ses études, six ans durant, et gambadé dans le parc. En juillet 1930, les mêmes bâtiments prennent le nom de Ronsard. Non sans hasard. Parce que le poète, qui jouit déjà de son buste, d’une rue et d’un cinéma à son nom, a une histoire avec la cité. Né au château de la Possonnière, un manoir à Couture-sur-Loir, à une quarantaine de kilomètres de Vendôme (le « Bas-Vendômois », disent les locaux), « prince des poètes et poète des princes », chantre du temps qui passe, membre de la Pléiade, auteur de sonnets garnissant les pages du Lagarde et Michard et de diverses odes (« Mignonne allons voir si la rose… », lassant, minant collégiens, lycéens et étudiants en lettres, c’est lui), Pierre de Ronsard (1524-1585) aurait vécu dans les bâtiments des Oratoriens.

Il reste 56% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents