Affaire Benalla: les députés cognent sur Edouard Philippe

Les oppositions de gauche et de droite ont mis en cause le gouvernement en défendant deux motions de censure. Et prévenu que les vacances parlementaires ne seront qu'une parenthèse.

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Les propos d’Alexandre Benalla au JT de TF1, jurant s’être comporté comme « un citoyen » face à des « casseurs », et ceux d’Emmanuel Macron, persuadé que l’affaire n’intéresse pas les Français, n’y font rien. Trois semaines après que le Monde a révélé les violences commises par l’ex-collaborateur de l’Elysée en marge de la manifestation du 1er mai, l’affaire Benalla continue d’enfler. A quelques jours de vacances amplement méritées après une session hyper chargée, l’Assemblée nationale est toujours le théâtre de vifs affrontements entre l’opposition et la majorité. Mardi, le gouvernement d’Edouard Philippe a affronté non pas une, mais deux motions de censure. La première, déposée par les 91 LR, l’autre – en soi, c'est un événement – portée par les trois groupes de gauche, puisque la Gauche démocrate et républicaine (PCF), la France insoumise et la Nouvelle gauche (PS) sont parvenus à s’accorder sur un texte. Présentées au vote des députés, les deux motions ont récolté respectivement 143 et 74 voix. Loin, comme attendu, des 289 votes nécessaires pour mettre un gouvernement en défiance.

« Nous savons que le gouvernement ne sera pas renversé, c’est avant tout un moment d’expression, de vérité », veut croire Boris Vallaud, porte-parole socialiste du groupe Nouvelle gauche. Le groupe macroniste détenant la majorité absolue des sièges et régnant sans partage sur l’Assemblée, toutes les oppositions, même fédérées le temps d'une motion de censure, ne pouvait espérer censurer le gouvernement. Mais le mal – ou est-ce le bien ? – politique est fait. « Notre objectif était de faire venir le Premier ministre pour qu’il réponde aux questions que nous nous posons sur l’affaire », confirme Valérie Boyer, député LR des Bouches-du-Rhône.

Dénoncer l'incompétence de la Commission d'enquête

Discret – pour ne pas dire invisible – depuis le début de l’affaire, Edouard Philippe avait laissé aux autres membres du gouvernement et à l’Elysée le soin de se défendre face aux révélations, qui continuent d’affluer. En témoigne la piètre prestation du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, face à la commission d’enquête… Devant les députés, le Premier ministre a défendu l’action du gouvernement, s’offrant même le luxe de détailler point par point les réformes engagées durant l’année. Sur l’affaire, dont il se tient encore et toujours à distance, Edouard Philippe a accusé les députés de se constituer en « opposition de rencontre », une référence à l’expression du Général De Gaulle, sur le « gouvernement de rencontre ». Ce n’est pas lui, le chef du gouvernement qui est attaqué, veut-il croire. « Vous voulez atteindre le chef de l’Etat », a attaqué le Premier ministre. Et comment lui donner tort ? En se déclarant « responsable » de l’embauche d’Alexandre Benalla à l’Elysée, c’est l’intégralité de ses services qu’Emmanuel Macron a mis à l’abri.

Mais derrière la Constitution, qui protège plus que de raison le président de la République, et le fait majoritaire, qui protège plus que de raison le gouvernement, ces motions de censure ont permis aux députés de mettre en lumière l’incompétence de la commission des lois, constituée en commission d’enquête. Le 26 juillet, cette dernière a volé en éclat, après le départ de son co-rapporteur LR Guillaume Larrivé et celui des membres de la France insoumise, dénonçant une « mascarade ». « La présidente de la commission [Yaël Braun-Pivet] reçoit directement ses ordres de l’Elysée », a dénoncé Valérie Boyer.

En dépit de toutes les tentatives pour étouffer l’affaire, ses répercussions dans l’opinion sont d’ores et déjà visibles. Selon un sondage Ifop pour Le Journal du Dimanche, la popularité d'Emmanuel Macron est au plus depuis son élection : il ne dispose plus que de 39% d'opinions favorables. Et l’exécutif français de miser sur sa dernière chance: les vacances, qui approchent à grands pas. Alors que les députés délaisseront leurs pupitres dès le 3 août, Marc Fesneau, président du groupe MoDem, estime que tous ont « besoin de vacances » et invite les élus à « se mettre un peu à distance » de l’affaire Benalla. La rentrée s’annonce pourtant explosive. « Nous espérons continuer le match », prévient André Chassaigne, président PCF du groupe GDR.


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