« Le sel de la terre », de Wim Wenders

Diffusé par Arte, un documentaire de Wim Wenders éclaire le travail photographique de Sebastião Salgado.

Jean-Claude Renard  • 29 août 2018
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« Le sel de la terre », de Wim Wenders
© photo : SWR/NFP/J. Ribeiro Salgado

Un bonhomme qui écrit « avec la lumière, dessine le monde avec des lumières et des angles » : c’est le sens étymologique du terme photographe, que reprend Wim Wenders avant d’entamer un vaste diaporama des images de Sebastião Salgado, commentées par ce dernier. Le documentaire que le cinéaste allemand consacre au photographe brésilien, « Le sel de la terre », commence par l’un des reportages les plus connus, en noir et blanc : la Serra Pelada, vaste mine d’or au Brésil, à ciel ouvert, gavé de 50 000 personnes, à l’œuvre telles des fourmis. Époustouflant travail mêlant sueur et contraste. Parmi les images, celle d’un chercheur d’or, adossé à un poteau en bois, véritable figure christique plongée dans l’étuve. Suivie par le portrait d’une femme touareg, aveugle. Deux images entrées dans l’œil du réalisateur Wim Wenders, qui filme le photographe à l’œuvre, passant du noir et blanc à la couleur (et inversement).

Fils d’éleveur, Salgado a d’abord fait des études de droit et d’économie avant d’arriver à la photographie, pour comprendre « comment tourne le monde ». C’est aussi, très jeune, un inlassable voyageur. Militant de gauche poursuivi par la dictature brésilienne, il s’exile en France en 1969. Puis abandonne une carrière d’économiste et trouve sa vocation dans la photographie lors d’un voyage au Niger. Les reportages vont se multiplier, des Balkans au Rwanda. Et c’est justement après le génocide des Tutsis que le photographe remet son travail en cause, dépose son appareil, désabusé, éreinté par le monde. Il se reconstruira, avec sa femme Lélia, en reconstruisant la forêt autour du domaine familial. Avant de reprendre la photo.

Aux côtés de Juliano Salgado, fils du photographe et réalisateur, Wim Wenders réussit là un portrait à plusieurs voix du photographe, comme il l’avait fait pour la chorégraphe Pina Bausch, en 2011. Avec un bémol ici. L’immense réalisateur de Paris, Texas et des Ailes du désir, emporté par son enthousiasme, oublie un peu ce qui dérange, agace parfois chez le photographe Salgado : un esthétisme de la misère, une dramatisation exacerbée des situations. Il n’en reste pas moins, certes, dans ce film, une puissante réflexion sur la condition humaine.

Le sel de la terre, ce mercredi 29 août 2018, à 22h50, sur Arte et sur Arte +7, jusqu’au 5 septembre (1h46).

© Politis

Cinéma
Temps de lecture : 2 minutes
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