Les deux roues de la lutte climatique d’Alternatiba

Le tour cycliste Alternatiba mobilise des milliers de personnes en France contre le dérèglement climatique, prêtes aux alternatives mais aussi à actions de résistances non-violentes.

Pauline et José partagent une petite grimace : ils auraient bien aimé la conclure à la pédale au côté de leurs compagnons, cette prometteuse étape lyonnaise du tour Alternatiba. Mais l’une est affectée ce jour-là à l’animation d’une formation à l’action non-violente, et l’autre au pilotage d’une des deux camionnettes logistiques.

Cette semaine-là, l’équipée cycliste réunissait aussi Anne-So, Arthur, Aude, Baptiste, Cal, Damien, Eneko, Fanny, Rémi, Samuel et Sofiane, venus de Clermont-Ferrand, Montpellier, Saint-Malo, Nantes, Toulon, Genève ou Bayonne. C’est la deuxième édition de ce tour de France (1), coorganisé par le jeune mouvement Alternatiba, Action non-violente COP 21 (ANV-COP 21) et les Amis de la Terre, et il avale gaillardement son 3 900e kilomètre quelque part vers Bron en cette après-midi du dimanche 26 août.

La dizaine de militants, qui se renouvelle tout au long des quatre mois d’un périple au lent cours, pédale à l’approche du Rhône sur des routes sans charmes, où l’agacement des automobilistes se fait parfois clairement sentir. Au milieu du convoi tranquille roulent deux triplettes (vélos trois places) portant la bannière verte du tour, qui a placé la petite reine en première ligne de sa croisade contre le dérèglement climatique.

Lyon était resté dans les mémoires comme l’une des plus marquantes étapes de la première édition du tour, qui s’était élancé à l’été 2015 de Bayonne pour converger vers la capitale, où se préparait fiévreusement la COP 21 et l’Accord de Paris sur la réduction planétaire des gaz à effet de serre. Le tour 2018 a choisi une trajectoire inverse, parti de Paris le 9 juin, pour une arrivée prévue le 6 octobre dans la ville basque, au bout de 5 800 kilomètres et 200 territoires traversés.

Comme à chaque étape (souvent deux par jour), les derniers kilomètres sont effectués en formation « vélorution » : on sort de la camionnette la quadruplette quatre places, peu adaptée aux longs trajets mais emblématique du « pédaler ensemble », et des grappes de sympathisants locaux, souvent venus en famille, s’agglutinent à l’équipée cycliste. « Préparez vos guiboles, c’est la fin du pétrole ! » « Libérez les cyclistes enfermés dans les voitures ! » « On avance, on n’a pas assez d’essence ! » Des passants s’arrêtent, interloqués. D’autres sourient, et parfois applaudissent. La déambulation a rassemblé près de 400 vélos dans Lyon, destination le parc Blandan, où s’achèvent deux journées d’un Village Alternatiba, organisé par le groupe local du mouvement avec des dizaines d’associations et de partenaires : solutions concrètes contre le dérèglement, conférences, ateliers pratiques, jeux pédagogiques, projections-débats, etc. En clôture, un concert animé par les Fat Bastards et le Bonk, deux excellents groupes lyonnais, défoule une jeune foule dans le groove des Balkans et de l’electro-brass. « Militer, oui, mais dans le plaisir », souligne très satisfait Pierre, l’un des animateurs de la rencontre.

La caravane 2015 avait regonflé le moral des troupes pour faire pression sur les gouvernements en vue de la COP 21, alors que la mobilisation climatique s’était sérieusement étiolée depuis quelques années. Égrainés le long du parcours, des dizaines de villages Alternatiba avaient fleuri, connectant des acteurs locaux qui s’ignoraient, engagés dans la sobriété énergétique, la mobilité douce, l’agriculture durable et relocalisée, les circuits économiques courts, la justice climatique, etc. Alternatiba avait revendiqué près de 600 000 personnes touchées.

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