Brésil : Le retour des démons de la dictature

À deux semaines du premier tour, alors que le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro continue de grimper dans les sondages, le pays vit la présidentielle la plus périlleuse depuis trente ans.

C’est un Brésil en plein marasme qui s’apprête à voter, le 7 octobre, au premier tour d’une présidentielle qui concentre comme jamais les passions et les excès depuis le retour de la démocratie en 1985, après deux décennies de dictature militaire (1).

Scénario encore impensable au début de l’année, aux antipodes du renouveau démocratique des années Lula, c’est un candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro, 63 ans, qui mène la danse depuis plusieurs semaines. Il est crédité de près de 30 % des intentions de vote, et, même si le Brésil est coutumier des revirements éclair d’opinion, sa présence au second tour, le 28 octobre, semble inéluctable. Sa cote a encore grimpé d’un cran depuis l’événement dramatique du 6 septembre : une tentative d’assassinat au couteau de la part d’un déséquilibré, qui l’a blessé à l’abdomen.

À lire aussi >> « La démocratie brésilienne est dans un état d’extrême fragilité »

Cet épisode, dont Bolsonaro se remet actuellement, n’est que le dernier en date d’une séquence hors norme qui pourrit la vie politique brésilienne depuis deux ans. Elle débute en 2016, quand la présidente Dilma Rousseff, du Parti des travailleurs (PT, gauche) de Lula (auquel elle avait succédé en 2011), est destituée à la suite d’une manœuvre parlementaire tellement abusive qu’elle a été qualifiée de coup d’État par de nombreux observateurs. Dans la foulée, la justice engage à l’encontre de Lula une procédure pour corruption qui aboutit, début 2018, délai exceptionnellement court, à une condamnation en appel à douze années de prison pour des faits supposés de corruption dont il n’existe aucune preuve matérielle.

Une grande partie de l’opinion de gauche y voit une opération judiciaire commando pilotée par une droite revancharde qui cultive depuis toujours la haine de Lula. Dès la destitution de Rousseff, l’ex-président s’était avancé en sauveur du pays. De nouveau candidat à la charge suprême, il caracolait loin en tête dans les sondages tant sa cote est restée élevée auprès de la majorité pauvre de l’électorat, qu’il a contribué à sortir de la misère, et qui l’exonère largement des casseroles accumulées par les gouvernements PT entre 2003 et 2011.

La droite libérale (PSDB), opposante classique du PT, pensait tirer les marrons du feu après avoir installé Michel Temer pour assurer l’intérim présidentiel en 2016. L’exécutif et le Parlement se sont entendus à merveille pour démanteler en un temps record l’édifice social bâti depuis l’arrivée de Lula au pouvoir en 2003, tout en réprimant la contestation avec une brutalité inédite. Début janvier 2018, Temer envoyait la police militaire fédérale contrôler la ville de Rio de Janeiro. Marielle Franco, militante citoyenne et politique (PSOL, gauche) qui dénonçait ses exactions perpétrées dans les favelas, a été assassinée le 14 mars dernier (lire ici). Une commotion sans précédent dans le pays.

Il reste 67% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notfications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.