Deux boulots et toujours pauvre

Un tiers des familles monoparentales vivent sous le seuil de pauvreté. Rencontre avec Eva, mère de quatre enfants, et Fatima-Zahra, la bénévole qui l’aide à conquérir son indépendance.

Eva (1) est souriante, mais on sent son épuisement. Son interlocutrice lui propose une infusion de verveine. Elle accepte avec humilité, tout comme le sucre qu’on lui tend. En cette fin de semaine, Eva vient d’entrer, foulard sur la tête et lunettes sur le nez, dans les locaux de l’association École et famille, à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise). Dans ce centre de proximité et de ressources, elle est accueillie par Fatima-Zahra. Les deux femmes se connaissent bien. Et pour cause : la seconde épaule la première depuis des années dans son combat pour la dignité et l’indépendance.

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La situation d’Eva était un défi – parmi tant d’autres. Du Sénégal, cette mère et ses trois plus jeunes enfants sont arrivés en France en 2011, l’aînée les ayant rejoints quelques années après. Ils sont d’abord pris en charge par Médecins du monde puis par le 115 (Samu social) parisien. On leur trouve des hébergements pour de courtes durées, jusqu’à une chambre d’hôtel à Pontoise, où la famille restera cinq ans, dans deux pièces. « Tous les mois, tu appelles le 115 pour confirmer que tu es bien là-bas », explique-t-elle. « Maintenant, quand on appelle, on attend trois quarts d’heure et on n’a personne. C’est très difficile de les joindre », déplore Fatima-Zahra. Eva rectifie : « Même avant c’était comme ça ! Je devais prendre ma journée pour passer un appel. »

Fatima-Zahra Dridi nous accueille dans les locaux d’École et famille, dont elle est membre bénévole depuis 2008. L’association a été fondée en 1999 par Marie-Claire Michaud, une assistante sociale. Le bâtiment de deux étages est situé entre deux écoles. « J’ai connu l’association par le biais d’une personne qui travaille ici, que j’ai rencontrée dans un LAEP [lieu d’accueil enfants-parents]. À l’époque, je ne travaillais plus, je m’occupais de mon petit dernier, mais je ne pouvais pas rester sans activité. Je voulais être bénévole. Alors je suis venue ici avec lui. »

Fatima-Zahra devient « parent relais ». « On m’a invitée ici pour que je participe au groupe intercultures, qui permet les rencontres entre familles. D’abord, j’étais participante, maintenant, je l’anime. » Son benjamin a aujourd’hui 10 ans. Elle vient ici une fois par semaine, en dehors de son travail d’auxiliaire de vie scolaire, qu’elle exerce depuis trois ans. « Avant, j’étais assistante de gestion de PME-PMI. J’ai abandonné parce que ça ne me correspondait pas. À 35 ans, j’ai trouvé une autre vocation », conclut-elle en se tournant vers Eva. Les deux femmes se sourient et rient de bon cœur.

Très vite, Fatima-Zahra a ressenti la pénurie d’agents sociaux. Tout se fait sur Internet, « il n’y a plus vraiment d’humains » : « Le seul endroit où l’on va encore, c’est la caisse d’assurance maladie. Mais on y rencontre des difficultés. » Pourquoi ? « Parce que les aides changent tout le temps. Et puis je pense qu’ils sont dépassés car ils manquent d’agents », déplore la bénévole.

Sans aides sociales, pourtant, Eva n’aurait pu survivre. Elle cumule les désavantages économiques : mère isolée, quatre enfants à charge, un salaire de toute évidence insuffisant. Deux salaires, même : Eva doit jongler avec deux emplois d’agent de service. « De 6 à 13 heures, je fais l’entretien au foyer des jeunes travailleurs de Saint-Ouen-­l’Aumône. » Trente-cinq heures par semaine, lieu de travail fixe. Puis, « l’après-midi, j’ai deux à quatre heures de travail en aide à domicile ». Les horaires sont irréguliers, mais, surtout, les lieux d’intervention s’étendent sur tout le Val-d’Oise. « Aujourd’hui, j’ai fait quatre heures à Menucourt » : il faut une heure de bus à Eva pour atteindre cette ville, autant pour en revenir. Cumulés, ses deux salaires n’atteignent « même pas 1 500 euros par mois », alors qu’Eva consacre une soixantaine d’heures par semaine à son travail, si l’on tient compte des trajets.

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