À bord de l’Aquarius : « Toutes ces paires d’yeux hagards dans la nuit… »
Infirmier chez Médecins sans frontières, François-Xavier Daoudal a passé trois semaines à bord de l’Aquarius en juin. Il raconte.
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François-Xavier Daoudal, 39 ans, est infirmier depuis 2003. Il travaille au siège de MSF à Paris comme référent infirmier au département médical. En juin, MSF a connu un désistement sur l’Aquarius. Le 8 juin, il embarquait. Le 9, débutait le premier sauvetage : 629 rescapés à bord en quelques heures, quand le seuil de capacité prévu est de 500. Quatre jours plus tard, le bateau affrété par SOS Méditerranée se voyait refuser l’entrée des ports italiens et voguait vers Valence, puis Marseille. Trois équipages sont à bord : le premier, dépêché par SOS Méditerranée, compte des marins et des sauveteurs européens ainsi que des bénévoles. Le deuxième, c’est l’équipage MSF, soit une dizaine de personnes : logisticiens, infirmiers, médecins, sages-femmes, coordinateurs, communication. Le troisième est celui de l’armateur à qui SOS Méditerranée loue le bateau. Comme soignants, ils étaient quatre : deux médecins, une sage-femme et un infirmier.
Quand vous embarquez sur l’Aquarius le 8 juin, c’est la première fois que vous montez à bord ?
François-Xavier Daoudal : En effet. Et moins de 24 heures après avoir appareillé, on était déjà sollicités pour un sauvetage. Dans la nuit du 9 au 10, on a secouru d’abord deux bateaux gonflables avec 230 personnes. La première partie du sauvetage a commencé vers 21 h 30 et s’est terminée vers 1 heure du matin. On a appris deux jours plus tard qu’on n’avait pas récupéré tout le monde. Le plancher d’un des deux radeaux s’était effondré. Dans ce cas, les boudins se rapprochent, jetant à l’eau cinquante personnes. Deux corps ont été retrouvés.
En quoi consistent vos premiers gestes médicaux ?
Deux patients se sont effondrés sous le coup d’un arrêt respiratoire en arrivant. Mais, cette fois, on a eu peu de réanimations à faire. L’Aquarius ne va pas directement au contact des bateaux naufragés. Il s’arrête à