Climat : le temps d'agir

Les rassemblements du 13 octobre témoignent d’une forte mobilisation citoyenne pour contenir le réchauffement en dessous de la barre fatidique des 1,5 °C.

J ambes nues en octobre. Tu trouves ça normal ? » Avec des températures défiant les statistiques pour un 13 octobre dans toute la France (28,8 °C à Bordeaux, 26,3 °C à Calais, 27,2 °C à Paris – une première à cette période depuis 1921…), la question rhétorique brandie sur une pancarte lors de la marche pour le climat provoque un mélange de rire et colère. Mais pas de résignation. Ce drôle de ressenti a éclaté dans les quelque 80 rassemblements en France, en Belgique et en Suisse, réunissant près de 120 000 personnes selon les organisateurs.

À Paris, une vague de 14 500 personnes a déferlé dans les rues au rythme de la chanson « Fever ». Sur les banderoles, le constat de la catastrophe annoncée côtoie l’humour : « SOS des Terriens en détresse », « Les fossiles, c’est pour les dinosaures », « C’est la tarte qu’il faut flamber, pas la planète ! » Certains messages sont plus politiques : « Le capitalisme valorise la destruction », « Ce n’est pas au climat de changer mais à la société », « Pas de planète B »… Et les inondations qui ont touché l’Aude le lendemain de la marche, causant la mort de onze personnes, ne font que renforcer cette impression d’accumulation de dérèglements climatiques.

Si les foules sont moins grosses que le 8 septembre, au lendemain de la démission de Nicolas Hulot, la spontanéité des citoyens et des slogans, souvent griffonnés au feutre sur des bouts de carton, domine toujours. Cependant, la volonté d’organisation est visible, avec une tête de cortège animée sans relâche et la mobilisation d’organisations comme le WWF ou Alternatiba, derrière leurs bannières. Respectant le souhait des organisateurs de former une marche apolitique, les partis sont restés en fin de cortège. Quelques drapeaux EELV et Génération·s se distinguent. La France insoumise a généreusement distribué des dizaines de panonceaux portant des slogans climatiques et… le sigle du mouvement, qu’un certain nombre de manifestants prendront soin de déchirer pour esquiver la tentative de ­récupération. Mais, partout, un slogan semble plus fédérateur que les autres : « Il est encore temps ! »

En quelques jours seulement, l’aura optimiste de ces quatre mots les a rendus populaires. Le 8 octobre, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) publiait son rapport spécial sur la limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C. Les scientifiques concluent que cette ambition reste possible, à condition de changements « sans précédent ». Dans la foulée, une vidéo se propage sur les réseaux sociaux : elle rassemble 19 youtubeurs et Pablo Servigne, chercheur indépendant sur la collapsologie (1), et s’intitule justement « Il est encore temps ».

« Nous voulions apporter une réponse à ce rapport en affirmant qu’on peut agir pour changer le scénario des + 3 °C vers lequel on se dirige. Nous avons d’abord travaillé avec des créateurs vidéo parlant déjà d’écologie, comme Professeur Feuillage, Usul ou Osons causer, puis nous en avons contacté d’autres avec notre scénario », raconte Vincent Verzat, créateur de la chaîne Partager c’est sympa. Plus de 7,5 millions de vues. « Dans le monde des youtubeurs, c’est assez fort d’avoir réussi à rassembler ces filles et ces mecs qui, habituellement, font leurs vidéos dans leur coin, sans trop se soucier des autres », insiste Ludo, de la chaîne Osons causer.

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