Dick Howard : « Trump est l’expression d’un ressentiment »

Militant à la gauche du Parti démocrate, le philosophe Dick Howard analyse le contexte politique américain à la veille des élections au Congrès de mi-mandat.

Philosophe bilingue amoureux de la pensée française, jadis marxiste critique proche de Claude Lefort, de Cornelius Castoriadis ou d’Habermas, Dick Howard est d’abord resté fidèle à ses premiers engagements pour l’égalité des droits des Noirs. Longtemps militant du syndicat étudiant SDS (1) engagé contre la guerre du Vietnam et acteur de la New Left (Nouvelle Gauche), il revisite aujourd’hui, dans Les Ombres de l’Amérique. De Kennedy à Trump (2), les cinquante dernières années de l’histoire politique états-unienne pour tenter de comprendre l’arrivée de Donald Trump au pouvoir. À la veille des élections de mi-mandat (midterms) du 6 novembre, il analyse ici le contexte politique de son pays, la situation du Président et la poussée de la gauche du Parti démocrate, dont certains des candidats n’hésitent pas à se déclarer « socialistes ».

Avec les indications données par les derniers sondages, pensez-vous que les élections du Congrès de mi-mandat seront un vote sanction ou une confirmation de l’adhésion au projet de Donald Trump ?

Dick Howard : Les midterms ont toujours été un vote sanction pour le président en place. Mais cette fois, s’il y a de fortes chances pour que les démocrates remportent la majorité à la Chambre des représentants, les républicains devraient conserver celle du Sénat. Essentiellement pour deux raisons. Tout d’abord, c’est le résultat du charcutage de la carte électorale (puisque la Constitution prévoit que les circonscriptions soient redessinées tous les dix ans pour tenir compte des évolutions du nombre d’habitants) opéré depuis 2010, lorsque les ultra-conservateurs du Tea Party ont connu de grands succès électoraux, ce qui a fortement limité la progression du nombre d’élus démocrates. Ensuite, il faut rappeler qu’en 2016 Hillary Clinton a obtenu près de trois millions de voix de plus que Trump, mais que le mode de scrutin, avec des grands électeurs dans chaque État fédéré, a permis à Trump de l’emporter. Aujourd’hui, sans revenir sur ce système ancien, une proposition émerge : elle consisterait à ajouter deux États qui n’ont pas actuellement le statut d’États fédérés et ne sont donc pas représentés au Congrès : Porto Rico, qui est un « État associé (3) », et la ville de Washing­ton DC, qui est autonome, ­majoritairement noire et très démocrate (4). Les républicains y sont farouchement opposés, mais l’idée commence à faire son chemin.

Certes, ces midterms ne sont pas concernés. Tout se jouera donc sur la question suivante : Trump parviendra-t-il à faire de ces élections un enjeu national, de telle manière que les républicains seront plus enclins à se mobiliser ? Ou bien demeureront-elles surtout un scrutin à caractère local ?

Vous écrivez dans votre livre : « L’arrivée au pouvoir de Trump a remis brutalement en question le sens que je donne au fait d’être Américain. » Pourquoi ?

Le sous-titre de mon livre est « De Kennedy à Trump ». J’aurais aimé en écrire un qui soit sous-titré « De Martin Luther King à Obama ». Pour l’anecdote, lorsque Obama a été élu, j’étais dans un studio improvisé de France Inter qui surplombait Times Square, à New York, et j’avais du mal à parler à cause de l’émotion que je ressentais en voyant la foule qui défilait en contrebas. Parce que c’était la réalisation d’un rêve, de près de cinquante ans d’engagements depuis le mouvement pour les droits civiques, auquel j’avais pris part. Maintenant, j’en viens à me demander ­ironiquement si je ne suis pas devenu conservateur car, au moment de l’élection de Trump, au-delà du coup de massue, je comptais sur la solidité des institutions américaines, notamment la séparation des pouvoirs. Certes, celle-ci existe encore, tout comme l’alternance au pouvoir, mais l’attitude du Président, sa vulgarité, son rapport au pouvoir, ses tweets vulgaires et agressifs presque chaque matin constituent de graves problèmes.

**Vous expliquez aussi que Trump… est le « premier Président blanc » !

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