L’espoir se meurt à Gaza

Les sanctions américaines ajoutées au blocus et à la division du territoire créent une situation explosive dans l’enclave palestinienne. Reportage.

D’un geste lent, Omar Shaban souffle la fumée de sa cigarette. Comme beaucoup de Gazaouis, le directeur du centre indépendant d’études stratégiques Pal Think n’a plus beaucoup d’illusions. Après plus de dix ans sous le contrôle du Hamas, la bande de Gaza est aujourd’hui exsangue, et ses deux millions d’habitants en proie à une crise multiforme. Le taux de chômage culmine à 53 %, la population n’a droit qu’à quelques heures d’électricité par jour et les épisodes de violence récurrents font penser qu’un nouvel embrasement, voire une guerre, est possible à tout moment.

« La réconciliation est un processus. » Depuis son bureau de Deir Al-Balah, au centre de la bande de Gaza, Omar Shaban est l’une des petites mains de l’accord entre le Fatah et le Hamas signé le 12 octobre 2017 au Caire. Malgré quelques signes d’ouverture comme le retour des soldats de l’Autorité palestinienne aux principaux points de passage de l’enclave, le deal est aujourd’hui au point mort. L’économiste veut croire qu’un dernier espoir subsiste, celui de voir éclore une réconciliation qui se ferait « sur plusieurs années ». Mais, dans les rues de Gaza, personne n’y croit plus.

« Chaque heure qui passe est pire que la précédente. Les mauvaises nouvelles se succèdent », explique Amjad Al-Shawa, le directeur du réseau des ONG palestiniennes à Gaza. En contact quotidien avec les Gazaouis, il témoigne d’un grand désœuvrement, mais aussi d’une vive colère. Car si, d’un côté, le Hamas refuse catégoriquement de rendre les armes, de l’autre, l’Autorité palestinienne ne rémunère plus ses fonctionnaires depuis des mois et refuse de payer l’électricité destinée à la bande de Gaza, obligeant ses habitants à vivre avec seulement quelques heures d’énergie par jour. Résultat, les carences en denrées élémentaires sont courantes et la population peine à finir le mois.

C’est le cas de Saïd Alolo, 30 ans, qui vit dans la ville de Gaza. Avec son keffieh rouge et blanc noué autour du cou, son jean clair et son tee-shirt noir, il ressemble à n’importe quel shebab (jeune en arabe) de Gaza. Malgré des études en médias et relations publiques et plusieurs expériences au sein d’importantes ONG internationales, il n’arrive pas à retrouver du travail. Faute de mieux, il vit de menus travaux et passe ses après-midi à refaire le monde avec ses amis autour d’un café. « J’ai suivi des études mais, à cause de la crise, je n’ai pas de travail. Ici, nous sommes nombreux dans cette situation. Cela fait des mois, voire des années, que ça dure, donc, la réconciliation, je l’attends toujours mais je doute qu’elle aura lieu. »

Comme de nombreux jeunes – femmes et hommes –, depuis le 30 mars, Saïd Alolo a passé énormément de temps à la frontière entre Israël et l’enclave palestinienne. Réunis pour la Marche du retour (au nom du droit des réfugiés palestiniens de pouvoir retourner un jour sur leurs terres perdues en 1948, lors de la création de l’État d’Israël), ils ont été des milliers à manifester tous les vendredis, pendant des semaines. Supposés pacifiques, ces rassemblements ont fait au moins 183 morts et des milliers de blessés palestiniens, souvent causés par des tirs israéliens à balles réelles. Dans le camp d’en face, un seul soldat israélien a perdu la vie, tué lors d’une opération à la frontière. « Nous sommes allés manifester parce que nous croyons en la résolution 194 (1), mais aussi pour exprimer notre colère. Ici, il n’y a rien, pas d’espoir. Nous voulons pouvoir sortir de cet endroit qui ne nous offre aucun avenir », résume Saïd Alolo. Convaincu que la non-violence est la seule voie possible, il a toujours refusé de s’approcher trop près de la frontière, à l’endroit où les plus téméraires viennent défier les soldats israéliens à coups de frondes.

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