Loups de mer

Gamblin en scène joue son dialogue avec Coville en mer.

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Pendant des siècles, il fut impossible d’avoir une correspondance suivie avec un navigateur solitaire. Les techniques ont progressé et on peut même voir en spectacle le dialogue poursuivi pendant près d’un mois par un marin et un artiste, en l’occurrence Thomas Coville et Jacques Gamblin. Cette conversation par e-mails et par SMS eut lieu en 2014. Coville tentait alors de battre le record du tour du monde en solitaire ; il n’y parvint pas et ne réussit l’exploit que trois ans plus tard. Cette fois, Gamblin lui conseilla de faire demi-tour.

Les deux hommes sont deux loups de mer. Coville est cambré sur son trimaran, Gamblin (qui aime la mer et la Bretagne) arqué sur les planches des théâtres où il joue de soir en soir. À chacun ses obstacles, ses coups au moral et ses moments de bonheur.

Gamblin écrit plus que Coville, cela va de soi : il y a moins de secousses sur une table de travail que sur un voilier ballotté par le vent et les vagues. Mais ils parviennent à s’envoyer de longs messages, trouvant à la fois le chemin de l’amitié et des recettes imprévues pour combattre le spleen.

À la différence de tant d’objets théâtraux ou filmiques, Je parle à un homme qui ne tient pas en place n’est pas une leçon classique sur la valeur de la réussite et de l’héroïsme. Chez Gamblin, la virilité est fragile et jamais dominatrice. Gamblin propose même d’appeler un exploit « un échec inversé ». Ne comptent que l’accord avec ses rêves et l’art de se moquer de soi-même.

Au milieu des images magnifiques de Pierre Nouvel – la mer, les vagues, la cabine – et parfois sur une chaise aux allures d’esquif, Gamblin est un gabier de la scène, un marin aux gestes de peintre et de danseur, qui triomphe des tourments par la beauté des mots et tangue sans tomber grâce au délié de ses mouvements, toujours dans l’élégance du déséquilibre.

Je parle à un homme qui ne tient pas en place, théâtre du Rond-Point, Paris, 01 44 95 98 21. Jusqu’au 18 novembre, puis en tournée jusqu’en mars. Texte aux Équateurs.


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